Récit de croisière en Géorgie du Sud
- Décembre 2004 - 1ère partie
Bienvenus au pays du
Damart et de la Polaire réunis
Lundi 11 octobre
Valhalla quitte Mar del Plata par un temps bouché qui
ne me dit rien qui vaille... Depuis le matin, tout le monde
s´active, se prépare, mais peut-on jamais être
tout à fait prêt ? Nous avons au moins pris un
dernier repas ce midi, riz, oeufs durs et crudités, solide
et léger à la fois.
Gaston, installé sur mes genoux dehors, regarde les oiseaux
venus nous saluer. Roberto à la barre nous mène
sûrement vers la sortie tandis que Tonia fait quelques
images et que les garçons sont à la manoeuvre.
La digue, la barre de sable où la mer déferle,
et puis ça y est, nous voilà dehors. Gaston pâlit,
mollit, il vomit le dernier bout de tomate encore accroché
à son estomac et nous partons tous deux nous réfugier
dans la couchette.
Black out. 1 jour, 2 jours, 3 jours... Que c´est
loin la Géorgie ! Que c´est loin !...
Je n´ai même pas faim, à peine soif... Gaston
survit grâce au Coca qu´il parvient parfois à
garder.
Pascalou, François et Martin se partagent navigation,
manoeuvre et veille. Ils arrivent même en plus à
vider nos bassines au passage. ..
Et puis la mer se calme un peu, un rayon de soleil se souvient
enfin de nous. On voit des têtes émerger, une,
deux, trois... Une tartine, un thé, une petite toilette,
l´équipage reprend coeur au voyage. Oui, c´est
loin !
4ème jour, 5ème jour, nous voilà
à mi chemin. Seulement à mi chemin ? Que
c´est loin la Géorgie ! Que c´est
loin !!!
La mer se calme encore un peu plus. Ferait-il plus froid aujourd´hui
? Je sors peu, laissant aux autres tous les quarts et me réservant
la plus grosse part de Gaston. A voir le nombre de couches que
chacun enfile avant de sortir, j´en conclue qu´il
doit faire froid.
Gaston et moi nous risquons enfin dehors. Un albatros hurleur
! Oh ! Il a apporté un cadeau pour Gaston ! Devinez quoi
? C´est une voiture !!! Quel type sympathique cet albatros
! Oh wouaiye.
Avec le froid, (l´eau est passée de 14° à
4° en trois jours) il faut songer à veiller
aux icebergs. Nous voyons le premier au radar par nuit
noire, il fait 7 miles de long... Soyons vigilants !
7ème jour de mer. Glace devant ! Un iceberg de belle
taille croise notre route ce matin, ça sent la terre
!
La moyenne est bonne, le GPS donne encore 48 heures de route.
Tonia et moi sourions en douce... ça vient, mais ne soyons
pas trop optimistes, disons que nous arriverons jeudi après
10 jours de mer, comme prévu.
Maintenant, estomacs et jambes ont pris le rythme du vent arrière,
on lit, on mange, on blague... bref, on vit.
Encore 250 miles, encore 150.
Mercredi se lève complètement
brouillé, on ne voit pas à 1 mile. Nous qui pensions
apercevoir déjà les pics majestueux au dessus
des nuages... Attendons.
En début d´après midi enfin, la vigie crie
: Terre ! Terre ! Et elle est là, roche noire tachée
de neige, au ras de l´horizon, le temps de descendre nous
équiper Gaston et moi et ils sont là les fameux
pics enneigés.
Ç a y est ! On y est ! Pascalou décide que ça
suffit pour aujourd´hui et nous ancrons dans la première
baie du Nord de l´île, Right Whale Bay,
la baie de la baleine franche. Tout un poème !!
9 jours de mer heure pour heure.
Petite incursion à terre : quelques éléphants
de mer mâles ont échoué leurs trois tonnes
de graisse sur la plage, ils se reposent en attendant les femelles
qui déclancheront convoitises et combats.
Quelques manchots Papou débarquent en même temps
que nous, un petit groupe compact de manchots royaux
recule à notre approche. Quelques otaries grognent.
Nous nous munissons des avirons pour les éloigner en
cas de besoin. Nous faisons quelques pas à terre, 10
mètres, 100 mètres, les jambes flageolant, on
a l´impression d´avoir déjà 1 km dans
les muscles. Gaston a trouvé une pente de neige et il
s´en donne à coeur joie de glissades, Valhalla
se balance tranquillement au milieu de la baie, vu d´ici,
il semble posé sur la neige.
Au loin, une vaste plaine vide. Pas tout à fait, quelques
groupes de royaux agglutinés les uns aux autres attendent
le retour de leurs congénères. Dans deux semaines
tout au plus, ce désert sera surpeuplé...
Champagne, foie gras, lit plat.... Sondage inutile : nous sommes
heureux.
2ème partie
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