croisiere en georgie du sud

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Récit de Croisière USHUAIA - PUERTO MONTT - 2010

Ushuaia, Juillet, août, septembre, une nouvelle saison de ski s'achève pour nous.
Cette année il y a eu un peu moins de neige que l'an passé, nous avons cependant bien
profité du ski, Gaston détenant le record de nous trois avec 50 jours sur ses planches.
Le soleil est très présent depuis août, il fait même parfois chaud. Mais le ciel nous
réserve ses surprises : à l'arrivée de notre ami Callune, venant directement de
Guyane, la neige se réveille et décide de cacher toute la ville à nouveau. Nous allons
donc une dernière fois au cerro Castor skier en famille, et puis nous démontons les
planches pour les ranger à bord.
Les préparatifs du voyage : J'ai fait dès août un gros plein de vin et champagne. Je
complète maintenant l'épicerie : pâtes, riz, farine, huile, etc, prévoyant de terminer
par le frais : fruits et légumes, crèmerie (un oeuf par jour et par personne, que nous
mangerons tous ou presque) et viande. Dudu nous prépare 15 bâtards de 1 kg que
nous conserverons sous film et qui se garderont longtemps, terminant leur carrière en
pain grillé au petit-déjeuner. Je cuisine aussi des rillettes qui feront le régal de
quelques apéros, mais ne fais pas de confitures, les fruits de fin d'hiver
ne m'inspirent pas.
Avant le départ, Pascalou veut ressouder des anodes. Il a plongé sous la coque l'autre
jour pour nettoyer l'hélice, nous avions mouillé hors de la ville pour l'occasion,
plonger dans les égouts d'Ushuaia n'est pas du goût de notre capitaine, comme on le
comprend! Il fait froid, il vente pas mal, mais il faut y aller, c'est très courageux de
plonger dans une eau si froide par un temps pareil, même avec une combinaison
étanche!! Mais revenons en aux anodes, donc, pour voir les dessous de Valhalla, nous
allons nous amarrer au ponton du club Afasyn, et nous attendons que la marée baisse.
Gaston et moi faisons de l'école à l'intérieur pendant que Callune et Pascalou
préparent l'annexe et les outils, seau, perceuse, poste à souder, anodes
et baguettes de soudure.
Tout à coup, Valhalla commence à gîter, et il bascule d un coup! et se couche sur
bâbord, en carène, comme il sait si bien faire!!! Pascalou et Callune ont tout juste le
temps de repousser la coque pour se dégager. Un bidon de 200 litres de gas-oil, mis
en contre poids près de la rambarde de tribord, en profite pour traverser le pont... et
s'arrêter à la rambarde de bâbord... sans exploser. Plus de peur que de mal, mais
beaucoup beaucoup de peur, surtout rétrospective. Toutes les amarres ont cassé! un
peu trop de vent ce jour là, une grosse rafale a poussé le bateau pourtant bien amarré
mais de ce côté-ci de la Terre, il faut bien faire avec le vent aussi, car il peut durer!!!

Octobre est arrivé sans crier gare. Et nos amis arrivent de métropole pour embarquer.
D'abord Vonvon qui arrive de Normandie (la neige, ça va le changer de la pluie) et
puis Jean-Claude, Éveline et Dominique (les wiliwaws, ça va les changer du mistral).
Ce week-end, aéro-club d'Ushuaia propose des démonstrations de vol acrobatique et
d'aéro-modélisme. Trois pilotes, deux gars une fille, font des figures extraordinaires,
l'un d'eux surtout vole excessivement bas, à raser l'eau, entre les mâts des bateaux au
mouillage, il prend vraiment des risques! Vus de tout près, leurs avions sont tout
petits, Gaston obtient quelques détails en discutant avec les as : l'avion pèse 500kg et
les fumigènes sortent d'un petit tube fixé à l'avant de l'avion. Il y a aussi quelques
modèles réduits, des hélicoptères surtout, avec des as pilotes également car ils font
faire des figures très acrobatiques à leurs machines, dehors et dans le vent qui souffle
(encore lui) ce qui n'est pas évident du tout, le Massif vous le dira!!! Gaston a été très
impressionné par les petits hélicoptères car ils faisaient des loopings.
Nous concluons cette belle journée par un restaurant "parilla" où l'on mange de la
viande à volonté, boeuf, mouton, porc ou poulet, saucisse ou boudin grillés sur un
barbecue géant, ahh! cette viande argentine, nous allons la regretter!!

Lundi 8 octobre. Jour du départ. Papiers de sortie avec Ernesto à la préfectura,
tampons sur les passeports, retour à bord et ... neige!! La ville se fait toute blanche
pour notre départ. Antonio et Sonia nos amis espagnols du bateau Pic la lune nous
font un dernier bisou, Roxana est là aussi, quelques amis seulement sont venus
larguer les amarres, la plupart sont encore en Europe.
C'est étrange de quitter cette ville, c'est comme si j'allais y revenir assez vite, en tout
cas, ça ne ressemble pas à un dernier adieu. Pourtant, nous sommes partis pour une
longue route, un an au calendrier, qui va nous conduire jusqu'en Alaska, un projet
ouvert, nous déciderons de la suite plus tard. Gaston, lui, tient à revenir, et à bien y
réfléchir, on se rend compte qu'il a passé plus de la moitié de sa vie ici. Il regrette
plus que tout d'arrêter le judo, nous tâcherons de trouver des clubs d'accueil en route.
La ville s'éloigne, la veste rouge de Roxana disparaît, Valhalla glisse sous voile vers
Puerto Williams, 4 heures de route accompagnés par la neige qui nous pousse. A
notre arrivée, le village militaire est tout blanc, quelques bateaux en vue dont un
énorme motor yacht chilien qui bouche tout l'espace, Valhalla n'a pas assez d'eau pour
accoster car trop de bateau (quatre en première ligne) sont amarrés dans la rivière le
long du Micalvi ... Nous restons donc l'étrave plantée dans la vase de la plage, un
bout à terre devant, quelques autres sur les côtés, et nous débarquons en annexe pour
aller nous doucher sur le mythique Micalvi, bateau ponton échoué qui offre sanitaires
et bar le soir. Même sous la neige, le village me semble toujours aussi triste et
sombre. Je ne pourrais pas vivre là, quelque chose ici, dans le sol, pompe toute mon
énergie, je ne sais pas pourquoi. Alors que la campagne autour est magnifique et
qu'on se sent bien au bateau dans la rivière, le village me fait depuis toujours
cet effet négatif.
Je rends visite au musée afin de voir le jeune conservateur et lui offrir une traduction
en français de la plaquette du musée, 40 pages écrites en anglais qui racontent qui
étaient les Yaghans, les premiers explorateurs, l'implantation de l'autorité chilienne et
la première maison du village actuel qui date de 1953. L'histoire ici s'écrit depuis peu,
les indiens n'avaient pas besoin d'écriture, la tradition orale leur suffisait. Posséder la
terre n'était pas non plus nécessaire, ils étaient si peu nombreux sur un si grand
territoire, aucun d'entre eux n'aurait pus survivre de façon sédentaire, et qu'auraientils
fait de l'or que l'on a trouvé là ? ils n'avaient même pas le fer.
Belle discussion avec ce jeune chilien venu du nord et tombé amoureux du lieu et de
ses premiers habitants surtout, il me donne aussi des nouvelles du crâne humain que
nous avions trouvé lors d'une croisière sur l'île Navarino. Un homme de 35 ans
environ, certainement indien car ses cervicales montrent la déformation typique des
gens qui rament beaucoup. Qui était-il....

Mardi 9 octobre. Nous repartons, cap à l'ouest. Denis le suisse nous offre un bouquet
de ciboulette de son jardin, je le laisse dans la cuisine, dans son sac plastique (pas le
temps de ranger tout de suite) et figurez vous que je n'ai jamais si bien gardé la
ciboulette! je m'en sers régulièrement et je la termine en faisant un fromage blanc
arrangé pour l'apéro exactement 16 jours plus tard! Merci Denis!
Anémie la belge nous fait passer un sac et une lettre pour son amoureux... Cap à
l'ouest donc, c'est plus difficile qu'hier, il neige encore, nous arrêtons pour la nuit à
Lewaia et allons revoir l'emplacement où gisent toujours les restes de notre indien.
Les os que nous avions découverts (mis à jour par des animaux, sans doute des
cochons) ont été emportés par le personnel du musée (crâne, fémur, quelques
vertèbres et des côtes), mais le reste du corps est toujours sous l'herbe car Puerto
Williams n'a pas d'archéologue à demeure capable de sortir ces restes "dans les règles
de l'art".

Mercredi 10 En route. Nous atteignons rapidement Yendegaia sous le soleil. Marcel
est dans le coin aussi, nous avions demandé par son intermédiaire s'il serait possible
d'acheter de la viande de vache à José. Explication : Yendegaia est une estancia qui a
été abandonnée telle quelle il y a quelque temps, les animaux sont partis dans la
nature. Les moutons sont tous morts rapidement, un mouton non tondu ne peut
survivre plus de 3 ans au mieux. La laine qui ne cesse de pousser finit par le rendre
aveugle et il ne peut plus s'alimenter. Les chevaux ont proliféré, ils ne sont pas
agressifs, mais les vaches se sont égaillées très loin. Elles sont redevenues sauvages.
Le nouveau propriétaire de l'estancia veut supprimer toutes les bêtes car elles
représentent un danger pour quiconque voudrait de promener ici. Il a donc chargé
José de faire le grand nettoyage. José vit à la dure, avec ses chevaux et ses chiens et
maintenant Anémie, et Marcel (à bord de son voilier) bien souvent. Il part à la chasse,
de plus en plus loin, et ramène les vaches, vivantes si possible, sinon, à dos de cheval,
mais ces bêtes sont très lourdes, il faut 2 chevaux pour en rapporter une seule! Il vend
la viande sur pied aux pêcheurs en campagne dans le Beagle. Il s'en sert aussi pour
nourrir ses chiens, sans chiens, plus de chasse, et quand les vaches ne veulent pas se
laisser attraper, alors il tue un cheval de la horde sauvage, il faut bien manger et
nourrir les chiens. Nous descendons à terre, faisons une balade en attendant le retour
de José, mais de vache, point, alors José nous propose du cheval. Il y a bien
longtemps que nous en avons mangé Pascalou et moi, et Gaston n'a jamais goûté,
c'est délicieux, et José a été généreux! La machine à mettre sous vide entre en action.
Nous avons acheté cet appareil en France lors de notre dernier séjour, en vue de grand
voyage que nous entreprenons. Nous pourrons ainsi quitter le Chili avec du fromage
notamment, sans risquer d'en perdre trop sous les tropiques des Marquises. Cette
belle viande déjà un peu séchée va se garder merveilleusement ainsi, merci la
modernité! et merci José! Nous déposons le sac d'Anémie, y ajoutant notre troc ainsi
que des jouets de Gaston pour les neveux de José, et Gaston se voit offrir en retour
une magnifique plume d'aile gauche de condor de 70 cm, son tube est aussi épais
qu'un doigt de Gaston. Nous rêvions d'en trouver une nous mêmes, maintenant nous
pourrons rêver de trouver une plume d'aile droite.
Nous goûtons le steak de cheval immédiatement, tout le monde se régale. Je vais sans
doute souvent vous parler de manger, c'est parce que cette partie est de mon ressort, à
bord d'un bateau, c'est pas mal important, le froid et le grand air ouvrent l'appétit, et
le repas est l'occasion de boire un petit coup, ce qui n'est jamais pour déplaire.

Jeudi 11 Marcel vient prendre le café, il apporte le fruit de sa pêche : des roballos,
poissons à chair blanche que Vonvon nous prépare, en marinade notamment. Au fait,
Vonvon, tu as oublié de me laisser ta recette...Nous continuons d'avancer au moteur,
contre un vent pas trop fort. Peu de bêtes dans le coin, nous voyons tout de même
quelques guanacos (sortes de lamas) venus se rouler dans le sable de la plage et boire
de l'eau salée. Ils sont très beaux, poil roux, cou élancé, pattes de gazelle, mais nous
approchons trop et ils s'effarouchent, disparaissant sous le couvert des arbres.
Mouillage caleta Voiler, pose du casier, nous y mettons tout le gras et les os que je
collectionnais depuis 2 semaines, mmmm, ça sent bon, ça devrait plaire en bas!!!

Vendredi 12 Pluie.... ce n'est que le début!!! Casier... des centollas!!!! ce n'est que le
début aussi!!! elles ne sont pas très grosses, mais nous en sélectionnons cependant
assez pour assurer le repas de ce soir, ça pique les doigts d'arracher leurs pattes. En
effet, on ne cuit pas le corps de ces crabes qui ne contient rien à manger. Nous
traversons le canal Beagle et entrons dans le seno Pia. Les cormorans sont déjà là, les
nids sont commencés. On voit les couples en parade amoureuse balancer le cou. Ils
nichent a flanc de falaise, dans de toutes petites anfractuosités, moteur coupé, nous
glissons sur notre erre lentement, les barres de flèche frôlent les branches des arbres
qui poussent sur chaque petite corniche disponible, c'est toujours impressionnant, il y
a tellement d'eau si près de la côte. La falaise continue tout droit sous l'eau sur
plusieurs dizaines de mètres. Tout au bout du seno nous trouvons le glacier Pia, le
soleil n'est pas loin, mais les nuages sont bien bas, le spectacle est malgré tout
grandiose, et nous constatons que le glacier a encore avancé, comme tous les glaciers
de la cordillère Darwin. Bientôt, la langue gauche aura mangé le glacier noir
central!!! Les chutes de sérac sont faibles, chacun y va de son pronostic, tombera,
tombera pas... Un rayon de soleil nous montre tout de même le bleu de la glace, et
nous faisons provision de glaçons pour le pisco de ce soir. Cocktail à la glace
millénaire, pas mal du tout pour accompagner nos centollas(araignées). Il est tôt
encore, nous avons le temps de retraverser le Beagle, Tres Brassos, comme son nom
l'indique a trois bras. C'est toujours le même qui a notre faveur, nous l'avons
surnommé caleta Valhalla, une petite piscine cachée tout au bout d'un long fjord, que
l'on atteint en passant derrière de petites îles. Entrer là est toujours incroyable, nos
amis n'en reviennent pas de nous voir continuer à avancer, alors que visiblement on a
l'air d'être au bout!!! et le patron finit par un "beachage" en posant l'étrave sur la
plage, il est joueur le patron!!! Annexe à l'eau, bout à terre, un tour mort deux demi
clés, la routine est déjà installée, l'équipage était à moitié rodé, c'est l'avantage de voir
revenir les anciens, ils retrouvent vite leurs marques et en un rien de temps, ça roule,
sans paroles, et c'est ma foi bien agréable quand tout le monde fait son petit bout de
manoeuvre, à temps, sans heurs, en harmonie, nous sommes une famille quoi.
Festin ce soir avec notre pisco et les centollas.

Samedi, c'est le week-end ! repos! On décide d'aller en balade, malgré le temps
maussade (il pleut, raisonnablement). Nous escaladons les collines alentour, en
bottes, car la végétation est très mouillée. Il faut parfois s'aider des bras pour grimper,
parfois, ça dérape, mais nous nous élevons petit à petit. Éveline déclare forfait, ses
genoux la trahissent, elle rentre à bord nous concocter un super cake salé. Le reste de
l'équipage continue et nous avons finalement une superbe vue dégagée du bateau en
contrebas. De retour à bord, nous changeons de mouillage pour se rapprocher de la
sortie, nous mangerons donc notre couscous à caleta Julia. Il ne manque que la
confiture d'oignons de Jaja!
Dimanche, on a déjà oublié quelle date on est... nous reprenons la route, Pascalou dit
à l'équipage de s'habiller chaud... et étanche!!! eh oui! il pleut! Nous faisons donc de
l'ouest vu que le temps n'est pas à la promenade. Les mouillages se succèdent : Puerto
Engano, caleta Brecknock, Adélaïde,, l'ambiance à bord est détendue, les soirées
s'organisent, douches, tripot, avec backgammon ou échecs, ou jeu de toupies...
Gaston continue de faire de l'école en journée (quand maman est disponible pour le
motiver) et il a trouvé des compagnons pour ses activités : Éveline pour les câlins,
Dominique pour les toupies (qui détient le record de durée avec 5mn chrono sur
assiette), Jean-Claude en parfait grand père fait l'arbitre, Callune fait la bagarre
(parfois) et Vonvon parfait son éducation sexuelle!!! laissée en friche par son frère
Denis l'an passé!!!
Et il pleut toujours, mais le soleil menace!!! d'ailleurs, il se montre à Puerto Cadete et
nous voyons le glacier Helado sous un meilleur jour.
Puerto Neuland. Nous y trouvons des pêcheurs amarrés à couple près de terre. Nous
nous amarrons tout à côté, de façon à les laisser partir demain. Belle rencontre, ils
viennent à bord voir les cartes électroniques de Pascalou, ils prennent des photos et
des petits films avec leur portable. On échange des centollas contre du pain et des
fruits, le menu de ce soir est donc tout tracé, ce qui ne convient pas à Gaston qui
n'aime pas les crabes. Il est sauvé par les pêcheurs qui l'invitent à manger du mouton
grillé à terre avec eux. On les entend rire, Gaston doit bien les amuser. La campagne
de pêche à la centolla va durer jusqu'à fin novembre, ensuite, ces gars là
embarqueront sur un autre bateau du côté de Porvenir, en face de Punta Arenas, sans
doute pour plonger aux oursins. Ils ont bien du courage! L'électronique a changé leur
vie aussi, l'un d'eux me raconte qu'ils regardent souvent des films le soir sur leur
ordinateur. Je ne sais pas si c'est un progrès si loin de la télé, l'intoxication des images
continue. Mais de toute façon, peu de pêcheurs lisent. Nous en rencontrerons plus
loin qui nous réclameront de la lecture, mais nous n'avons rien pour eux en espagnol
malheureusement.
Ce matin empruntons le passo Shag pour sortir du canal Barbara et atterrir dans le
fameux détroit de Magellan. Nous suivrons maintenant les traces du premier,
Magellan et des valeureux explorateurs des siècles passés qui l'ont suivi. Petit à petit
ils ont élaboré la cartographie de ce mythique passage entre les montagnes des Andes
Caleta Notch, caleta Wodsworth, où nous pouvons faire une grande balade qui nous
mène au sommet surplombant le lac. C'est magnifique! S'il faisait toujours beau ici,
ce serait sans doute le paradis. Connaissant la région depuis longtemps, on finit par
voir chaque petit coin sous le soleil une fois, et il est fréquent que nous partions sous
la pluie, mais sous le soleil, ça fait du bien de se dégourdir les jambes et ça donne
l'occasion de botaniser un peu. Les cyprès ont fait leur apparition depuis Brecknock,
mais je ne trouve rien de plus pour le moment. Au sommet de notre escalade, nous
faisons un concours de rouler de cailloux qui ravit Gaston, mais les paresseux ne vont
pas bien loin. Dommage!
L'équipage est maintenant plus que rodé, les équipes se succèdent aux manoeuvres,
Callune et Vonvon ou bien Jean-Claude et Dominique pour l'amarrage à terre, avec
Éveline et moi aux bouts à embarquer, et à la pluche pour la sacro-sainte soupe du
midi, Pascalou au moteur, et Gaston au guindeau ou au rangement de la chaîne (sauf
quand il dort encore).
Nous rentrons dans le canal Smith, c'est le début de la succession des canaux orientés
plein nord, parallèles à la cordillère des Andes, que nous emprunterons
jusqu'à Puerto Montt. Puerto Profundo, quel beau nom! Puerto Hole. C'est un petit trou situé loin à
l'intérieur d'un terrain vallonné accessible par un canal très étroit. Le vent arrière nous
pousse dans cette entrée, la cartographie incomplète ne donne pas les profondeurs, et
sans sonde à disposition, nous envoyons l 'annexe avec Callune et Vonvon en
exploration, histoire de ne pas se planter, car tout demi tour ou marche arrière sera
impossible. Une demi heure après, les petits explorateurs reviennent en nous faisant
de grands signes : la voie peut être empruntée. Des pécheurs arrivent après nous,
nouveau troc pour la cambuse, des centollas, on ne s'en lasse pas.

Mercredi 24 : Puerto Marden, nous retrouvons nos amis Jean-Yves et Sandrine de
« L'ile d'Elle », c'est super de retrouver les amis comme ça. Il descendent de Puerto
Montt avec deux amis à eux, Françoise et Philippe qui habitent Puerto Montt à
l'année, eh bien voilà! nous avons donc maintenant une adresse à destination!! Nous
faisons la dînette avec du bon pain maison tout frais, des centollas (oui! encore!!) des
rillettes, de la mousse au chocolat, et du champagne bien sûr!! Sur Valhalla, il n'y a
pas de fête sans champagne!! Super soirée, quand nous reverrons nous ?
Nous approchons du but, et ce matin il neige!! Callune est effondré, il a froid! entre
autre. Caleta Fog, c'est le dernier mouillage avant l'arrivée sur Natales. La météo n'est
pas très bonne pour les jours à venir, ça tombe mal car Natales est un très mauvais
port. Nous faisons route sous les grains, il y a des cailloux qui traînent, et qu'on
cherche, où sont-ils???
Puerto Natales en vue. Le vent forcit, nous terminons sous voiles le petit bout de
canal qui mène au port. Le vent souffle fort. L'arrivée n'est pas facile, Pascalou
cherche à se repérer, le ponton des pêcheurs est très encombré et surtout très mal
protégé. Les vagues éclatent sur le quai et sur les coques des bateaux. Il existe un
quai un peu peu plus loin, mais il est tout aussi exposé. Les prévisions météo pour la
nuit et pour demain ne sont pas bonnes, le vent doit encore forcir. Comment
débarquer nos amis demain ? Finalement, Pascalou leur propose de débarquer dès
maintenant. Ils font rapidement leur sac, il est environ 5h de l'après-midi. Nous
restons près du ponton avec Valhalla tandis que Callune embarque Jean-Claude et les
sacs dans le zodiac pour les déposer au ponton de l'armada chilienne. Dominique et
Éveline sont du deuxième tour, puis nous retournons mouiller l'ancre de l'autre côté
de la baie sous le vent d'une île qui procure au moins l'abri de la mer malgré le vent
fort qui passe quand même par dessus. Je me sens très frustrée de cette fin de
croisière. Un bisou, à bientôt, et voilà trois oiseaux envolés sans avoir eu le temps de
reparler de notre aventure. C'est très frustrant de se quitter comme ça, j'ai un
sentiment d'inachevé, on n'a pas passé une dernière soirée ensemble, on n'a pas
échangé nos photos, on n'a pas rigolé ensemble une dernière fois, zut alors, maudit
port!!! Restent Callune et Vonvon... Nous sommes bien seuls et bien tristes. Pascalou
propose un film, chahutés de droite et de gauche par les rafales de vent, nous
regardons Avatar, je crois.
Dominique parvient à nous joindre au téléphone, nos amis ont trouvé un hôtel et ils
prennent le bus tôt samedi matin pour arriver à El Calafate dans l'après-midi, de
l'autre côté de la cordillère, côté argentin. Ils ont le temps de visiter le glacier Perito
Moreno le dimanche matin avant d'embarquer pour la maison.

Samedi. Il y a toujours du vent. Gaston continue ses devoirs. J'aimerais que Vonvon
puisse poster ce troisième devoir de France... La journée passe sans accalmie. Il fera
aussi mauvais demain dimanche, et lundi aussi... Vonvon s'envole mardi d'El Calafate
lui aussi. Nous prenons la sage décision de le faire débarquer par une barque à moteur
assez grande venue de ce côté de la baie relever le marin qui garde le bateau de
passagers mouillé près de nous. Vonvon part donc aussi sans crier gare, sans le
CNED... Il manque 1/2 heure à Gaston pour terminer le devoir de maths... Tant pis, je
posterai tout ça d'ici. Les premiers devoirs sont peut-être arrivés, voici le troisième, et
ça m'inquiète chaque fois de confier tout ce travail aux postiers étrangers. et si ça se
perdait... Tant de travail, et tout à refaire. Oui, c'est pour nous une réelle
préoccupation.
Nous voilà seuls, en famille. Je commence le ménage et la lessive. Pascalou met le
générateur le dimanche, je lave les draps et je les étends, restant en veste de ciré
dehors pour surveiller mon linge. Il y a toujours beaucoup de vent, ça claque et
menace de s'envoler. Il ne fait pas chaud mais je peux vite rentrer : mes draps ont
séché en 5mn!! ça c'est du sèche linge moderne!! Il faut juste ôter les draps avant
qu'ils ne se déchirent! Je lave et sèche 5 machines dans la journée, jeans compris.
Voilà déjà une chose de faite. Le lundi sera consacré au ménage, tandis que Gaston
fait de l'école tout seul et que Pascalou regarde ses cartes pour la suite du voyage. Le
vent n'arrête pas, nous devons remouiller deux fois pendant le week-end car l'ancre
dérape. La chaîne est chargée de boue qui colle, il faut beaucoup de temps pour
remonter le mouillage, laver la chaîne à mesure pour éviter d'embarquer la boue dans
le bateau. Quel boulot!!

Mardi. Enfin, ça se calme. Nous pouvons aller à terre. Nous y retrouvons David, l'ami
péruvien qui nous conduit au ski tout l'hiver à Ushuaia. Il conduit un groupe de
touristes français qui visite la Patagonie. C'est la compagnie de bus "Don Alejo", et si
vous avez besoin, vous pouvez compter sur lui. Nous retrouvons aussi Sigolène et
Alexis, des amis de bateau rencontrés il y a quelques années à Ushuaia. Ils louent une
petite maison à terre pour le moment. Ils ont l'air de bien aller, nous passons de bons
moments à évoquer le passé et les amis communs, ils nous pilotent dans la ville, ce
qui nous facilite beaucoup la tâche. Puerto Natales est petit, plus petit qu'Ushuaia,
mais on y trouve l'essentiel et je n'aurai pas de difficultés à faire les courses. Nous
pouvons aussi ouvrir notre boîte de courrier Hotmail. Une correction de CNED nous
y attend, cela veut dire qu'au moins le premier devoir est arrivé à destination. C'est un
soulagement.
Puerto Natales est bâtie à l'américaine : avec toutes les rues qui se croisent à angle
droit. Sur ce continent, on trace d'abord les rues, puis on délimite les parcelles, et
ensuite on construit les maisons, mais pas en style de lotissement comme en Europe,
tout est au carré, ce qui forme de "cuadras" qui est l'unité de mesure que l'on nous
donne pour nous expliquer comment nous rendre quelque part : 5 cuadras, 10
cuadras, et on voit tout de suite si on peut y aller a pied ou non. On trouve un peu de
tout ici, dans diverses boutiques, dont un petit supermarché. Les gens ont l'air gentils,
mais nous n'avons pas le temps de creuser les relations. Il y a beaucoup de touristes
l'été, on vient de partout dans le monde pour voir les glaciers et les montagnes de la
région. Avec nos têtes de gringos, on s'adresse souvent à nous en anglais, c'est très
désagréable, le tourisme est roi ici, avec la pêche, ce sont les deux activités
principales (sans compter les militaires, qui représentent une administration parallèle
très puissante et très présente). Les maisons sont vieilles, en bois peintes, sur pilotis à
un seul étage. Pas encore d'immeuble ici ! Une image du passé : un homme tirant un
chariot sur roulettes, rempli de conserves maison qu'il propose de porte en porte, sur
le trottoir, la voisine choisit : rouge ou vert le bocal ? Je ne sais pas ce qu'il contient.
L'impression d'ensemble est tout de même triste, on ne trouve même pas un bar où
l'on puisse boire une bière car nous sommes accompagnés de Gaston. Par contre,
beaucoup de cafés ou de restaurants accueillent les fumeurs, ce qui devient rare.
Nous retrouvons notre ami Callune, il décide finalement de ne pas continuer ce
voyage avec nous, il fait trop froid pour lui, et puis on est un peu trop nombreux à son
goût. Dommage.
Le climat est devenu plus doux, on n'a plus de chauffage à bord. Nous continuons le
ménage et les préparatifs, quand on peut aller à terre, je fais des courses. Nos amis
argentins Martin et Ivone (marraine de Gaston) viennent nous rendre visite depuis El
Chalten, de l'autre coté de la frontière. Ils ont fait la route toute la journée pour passer
la soirée avec nous. La chaleur de ces retrouvailles est incomparable. Les très bons
amis sont la seule valeur qui vaille !! Après une bonne soirée et une nuit à bord, nous
profitons de la voiture de Martin pour apporter le mouton à bord, (enfin, la carcasse
seulement) c'est plus facile qu'à pied. Dans l'après midi, Monique, Denis et Françoise
débarquent du bus qui les amène de Punta Arenas, l'équipage se reforme, ne manque
qu'Éric qui embarquera demain. Nous essayons de faire le plein d'eau entre deux
rafales, mais le quai est occupé sans arrêt, alors nous partirons sans eau, tant pis, de
l'eau ça ne manque pas dans le coin, elle tombe toute seule du ciel et nous trouverons
bien un endroit pour remplir nos tanks dans la nature.

Dimanche, Pascalou s'en va à terre faire les papiers de sortie auprès des militaires, ils
sont moins pesants ici que dans le sud, mais ils sont là tout de même ! Nous levons
l'ancre dans la foulée, pas fâchés de quitter ce coin qui nous a si mal accueillis. Il fait
soleil, les cygnes à col noir passent dans notre horizon, nous sommes sous voiles, au
portant, ça va pas durer ! Mais profitons du moment.
Le moteur reprend du service, des dauphins nous font un bout de route, mais ils sont
timides, difficile de dire qui ils sont. Des dauphins du coin sans doute, ces dauphins
tout noir à l'aileron tout rond. Leur nom français est « céphalorhynque noir », mais on
utilise plus couramment leur nom traduit de l'anglais : dauphin noir. Pour ça, les
anglais, ils sont pas compliqués pour les noms de bêtes : « oiseau noir » pour le
corbeau, « poisson rouge » ou « dauphin noir », voilà du vocabulaire simple !!
Nous retrouvons le canal Kirke, toujours aussi étroit, mais avec moins de bouillon qu
'à l'aller où j'avais carrément vu comme une marche dans l'eau à la rencontre de deux
courants contraires. Un ciré rouge sur un arbre marque l'emplacement d'une
anfractuosité où tient tout juste Valhalla. Gaston mousse m'aide à amarrer le bateau
aux arbres. Osso-buco, foie gras, petite fête pour accueillir dignement nos amis venus
de si loin.

Lundi 5 novembre. Pluie... ça faisait longtemps ! Pascal trouve des pêcheurs, il
rapporte des roballos, voilà une pêche vite faite ! Nous continuons par le canal Kirke,
superbe, très boisé et plein de cascades et mouillons le soir à caleta Dickson. Des
pêcheurs nous échangent des centollas. Ils plongent entre 35 et 42 mètres et même
jusqu'à 50 mètre pour les remonter. Ils remontent à 12 mètres, puis redescendent à 50,
puis à 12, un tuyau d'air les relie au bateau qui avance avec eux... ceci leur permet
nous disent-ils de faire une décompression moins longue à la fin de la journée. L'un
d'eux est déjà un rescapé, son tuyau a explosé, et il a dû remonter sans air... depuis 45
mètre de fond... sans séquelles on dirait.

Mardi 6. Pluie le matin. On part vers 10 heures quand ça se calme. Nous avons pas
mal de temps devant nous pour cette croisière, nous pouvons donc nous permettre de
faire des journées de navigation assez courtes, à notre convenance.
Nous sommes au pays de l'eau, les cascades coulent de tous côtés, on pourrait dire
que c'est un désert, mais c'est totalement faux : la roche nue est attaquée par les
lichens qui dégradent la roche, les mousses s'accrochent à ce début de terreau, les
graminées viennent ensuite occuper la place quand le trou est assez profond et fertile
pour les accueillir. Ces montagnes sont jeunes, elles finiront elles aussi par se couvrir
de végétation. C'est déjà très vert, et la roche nue prend parfois des couleurs
étonnantes, (vert, orange, brun ou blanchâtre) dues aux lichens qui la dégradent. Les
sommets des collines alentour sont très arrondis, râpés par les anciens glaciers
disparus avant l'arrivée de l'homme sur terre, les parois escarpées, mais les arbres
s'accrochent partout où ils peuvent et c'est le paradis des petits oiseaux.
Peu de vent, le moteur prend le relais, il fait plein soleil, personne ne s'en plaint !
Notre route est toujours orientée plein nord, les canaux sont parfois étroits, à gauche,
dans une trouée, on aperçoit le Pacifique au loin. Nous entrons dans une baie fermée
de petites îles, et par un dédale tortueux, nous atteignons le mouillage de « Mayne ».
Centollas au menu...

Mercredi 7 novembre C'est mon anniversaire. Il pleut mais ça ne dure pas. Nous
naviguons jusqu'à Puerto Bueno, jolie balade à terre, nous montons le plus haut que
nous pouvons. Beaucoup de mousse et de plantes nouvelles, mais pas de fleurs
encore, c'est un peu tôt en saison. Monique nous attend dans une prairie tandis que
nous décidons d'aller voir ce qui se cache derrière la butte suivante. Devinez quoi ?
C'est une autre butte ! Mais, plus lointaine... Nous redescendons vers Monique qui a
eu le temps d'observer son coin de champ pendant notre absence, elle a trouvé une
flaque d'eau avec des têtards ! C'est assez extraordinaire, ce sont les premiers que
nous voyons dans le sud. Je me demande où se trouve la limite de ces batraciens que
l'on ne voit pas du tout dans le grand sud. Nous ne saurons pas si ce sont des
grenouilles vertes ou des grises...
Et ce soir, c'est à nouveau l'histoire d'un repas de fête : champagne, foie gras,
centollas, mousse au chocolat et Cointreau ! Gaston nous raconte l'histoire de Persée,
superbe, et Françoise m'offre ne crème de nuit. Beau cadeaux pour un bel
anniversaire. Je pense à maman.

Jeudi 8. Pour changer ce matin, il pleut ! Des bulles d'air se forment à la surface de la
mer et flottent, c'est joli. Le vent se met au Sud-ouest, il fait froid. Nous sommes sous
voile, ça gîte dans les grains. Il neige finalement ! Et il fait toujours froid. Nous
entrons sous les grains derrière une île, on voit plusieurs chenaux. C'est encore un
véritable labyrinthe, la roche est bosselée, hachée, la végétation à ses pieds est coiffée
par le vent, couverte de neige, les damiers du Cap volent autour de nous, ils restent
nos oiseaux préférés. Le soleil perce mais la visi est mauvaise, quelle est la bonne
île ? Radar, carte sur l'ordinateur, compas, avec au moins 17 de déviation il n'est pas
facile de se repérer dans ce paysage nouveau pour nous. Mon Titi regarde un film,
nous avons fait peu d'école aujourd'hui, les conditions n'étaient pas favorables. Un
mail de ma petite soeur me remonte le moral. Nous pénétrons entre deux montagnes
enneigées et embouquons un canal gardé par des îles qu'il faut contourner. Notre
sondeur donne des indications erronées. Il faut continuer, c'est visiblement par là ! Et
derrière les portes de l'enfer : le paradis ! C'est un havre de paix verdoyant et
ensoleillé, les dauphins nous escortent, on peut presque les toucher, et voilà notre
maison pour ce soir.

Vendredi 9. Il pleut, est-ce encore la peine de le mentionner ? Matinée douche, au
moins, ça occupe. Nous faisons tout de même un bout de route sous la pluie.

Samedi 10. Il ne pleut pas !!! Beau temps, moteur. Il y a presque du soleil quand nous
arrivons devant le glacier Pie XI. Il est vraiment très grand, le front fait plus de 3
miles de long. De l'autre côté de la montagne, c'est El Chalten, le village de nos amis
Martin et Ivone, si près, si loin, il faudrait traverser le Hiélo continental pour atteindre
l'Argentine. Nous faisons difficilement provision de glaçons, ce glacier n'est pas très
actif. En nous approchant d'une de ses rive, nous pouvons une fois de plus constater
qu'il avance lui aussi : la glace arrache les arbres sur son passage, ce signe ne peut
tromper. L'eau de la mer est d'une couleur vraiment particulière, on dirait un lait de
ciment. Cela est dû aux minéraux en suspension dans l'eau, qui sont arrachés à la
roche que le glacier polit tout au long de son parcours, j'ai souvent vu des eaux
laiteuses, mais là, c'est vraiment opaque et très clair, on dirait qu'elle est mélangée de
cendres. C'est peut être à cause de la grandeur du glacier qui est parmi les plus larges
que nous ayons vus en Patagonie.
Un peu plus loin, caleta Sally nous accueille. Nous accostons un long rocher "où
coule une rivière", il suffit de porter notre tuyau en amont et le tour est joué ! Nous
faisons le plein d'eau très pure en sirotant un pisco pour patienter, y'a pire non ? Nous
amarrons un peu plus loin pour la nuit.

Sunday, and it's a sunny day ! Grand soleil, plus de chauffage, ça vaut le coup de le
mentionner ! Nous sommes sous voile au portant, je cuisine un gâteau breton, une
mousse au citron, des saucisses aux lentilles, depuis le temps quelles patientent, les
saucisses ! (depuis Ushuaia pendues sous la cabane a chien) Farniente ensuite, lecture
au soleil sur le pont, c'est la vie d'chateau ! Pourvu qu'ça dure !!
Nous naviguons entre les îles, la roche très noire contraste avec les tâches blanches de
la neige, l'eau qui ruisselle dessine des rubans brillants qui dévalent des hauteurs
jusqu'à la frange arborée de la rive, dont le vert rivalise d'intensité avec le vert de
l'eau. Peu de couleurs, mais elles sont saisissantes. Nous progressons dans des vallées
en U, cela rappelle le canal Beagle, mais en moins évasé. Il s'agit ici d'un vrai U.

Lundi 12 : 11 heures. Nous arrivons à Puerto Eden. Ce village a été bâti tout autour
d'une anse, les maisons sur pilotis sont accrochées à la pente, elles sont reliées entre
elles par un chemin de planches, cela ressemble beaucoup au village de St John de
Terre Neuve qui était accroché à l'entrée de la baie dans les Narrows. Les maisons
sont aussi colorées, vert, jaune, rouge, bleu et blanc selon les arrivages, mais le
dernier lot de peinture a dû arriver il y a longtemps. Ce village a été bâti par les
"blancs" pour accueillir les derniers Alakalufs, indiens qui vivaient nomades en
canoë, et qu'on a sédentarisé de force. Il n'en reste aucun, et pourtant, cela s'est passé
il y a peu, à peine 100 ans... Mais ne me lancez pas sur ce sujet, vous le savez!!!
Le capitaine de puerto, Victor vient nous souhaiter la bienvenue en zodiac, très
sympathique, il nous indique où mouiller pour être en sécurité, puis il retourne dans
la baie d'à côté où l'on voit les nouveaux bâtiments tout pimpants de la capitania de
puerto. Elle est neuve car l'ancienne a brûlé récemment!! Devant nous, quelques
cheminées fument, on compte environ 40 maisons sur ce petit bout d'île. Pas de route,
tout se passe par mer. Une jetée toute neuve avec débarcadère couvert accueille deux
fois la semaine la barcassa qui fait la liaison entre Puerto Natales et Puerto Montt. Sur
la plage, quelques bateaux de pêche devant le seuil des maisons. Au centre du
village, un long bâtiment, l 'école, bien trop grande pour le peu d'enfants qu'il y a ici.
Dès le collège, les petits doivent partir en pension à Natales, c'est à environ 18 heures
de barcassa, difficile de rentrer chaque week-end! Nous posons Gaston à terre, il
trouve vite un groupe d'enfants pour jouer. Je commande du pain chez une dame, elle
fait aussi de l'artisanat, alors je lui achète une petite barque en peau de loutre, et
Monique, des petits paniers tressés. Nous avons un très bon contact. Le chemin
passerelle a été aménagé aussi pour les touristes : quelques panneaux indiquent le
nom des arbres, voilà qui va nous aider Monique et moi à trouver le nom des derniers
récalcitrants qui se cachent parmi les pages de mon livre de botanique.

Mardi : Gaston se lève tôt, il a envie de retourner jouer avec les enfants, mais comme
ils ont l'école à 9 heures, il doit se dépêcher. Éric en profite pour venir avec nous,
visiter l'intérieur de la dame vaut le coup ! Il fait très chaud dans la pièce principale.
Le plafond est très bas car on construit à l'économie, (tous les matériaux viennent par
bateau) et les gens ne sont pas bien grands. Un canapé le long du mur, un grand écran
plat, mais pas de télé, les gens regardent des DVD ou écoutent de la musique sur CD,
mais pas entre 15 heures et 18 heures, car le groupe électrogène central doit se
reposer lui aussi. Des étagères pleines de bibelots et des photos au mur racontent
l'histoire de la famille. La maman nous reçoit toujours aussi bien, je prends livraison
de mon pain et Éric fait ses emplettes de cadeaux, Gaston se voit offrir une jolie
barque en maquette, ces gens sont vraiment gentils. La poule et ses poussins gardent
toujours la porte d'entrée, la maman nous montre ses salades sous la serre, ça pousse
déjà pas mal et son coriandre sent super bon.
Nous levons l'ancre vers 10 heures, moteur, pas de vent, Gaston reprend ses devoirs,
il résume aujourd'hui l'Odyssée, ça lui plaît beaucoup, il est même incollable sur le
sujet et sur les dieux Grecs. Nous roulons au moteur toute la journée pour arriver à
Point Lay. Il fait vraiment meilleur, nous n'avons plus de chauffage, l'anticyclone est
sur nous, on change aussi de pays au niveau végétaux, les arbres sont nouveaux et les
fleurs aussi, j'ai l'impression de voir des touffes de bambou... Ce soir l'eau est très
phosphorescente, on joue à lancer des bassines d'eau de mer par dessus bord et un
vrai feu d'artifice se déploie pour nous.

Mercredi 14 : Pluie toute la journée! ça faisait longtemps! moteur... arrivée Caleta
"Lamento del Indio" (lamentation de l'indien) les nuages accrochés à la falaise
dominent le mouillage, il y a de plus en plus d'arbres touffus, les cascades cachées
sous les frondaisons bruissent sans qu'on puisse les voir, pays de l'eau. Avec ces
nuages accrochés aux rochers et les niveaux de gris que cela dessine, le mouillage a
des airs d'estampe chinoise.

Jeudi 15 : Calme plat, anticyclone en vue, ça tombe bien car on doit bientôt passer le
golfe de Peines. En effet, les canaux sont bouchés à ce niveau et il faut faire un tour
dans l'océan Pacifique avant de retrouver d'autres canaux qui conduisent à Chiloé.
C'est 20 heures de mer ouverte, qui peuvent être très éprouvants si les conditions
sont mauvaises.
Au dessus du mouillage, un gros piton arrondi est visible aujourd'hui qui était caché
hier, au moins 300 mètres au dessus de nous, tout près, la forêt, la solitude, mais pas
pour longtemps, on commence à entendre du trafic VHF, il y donc des bateaux dans
le secteur. L'anticyclone s'est stabilisé, nous sommes chanceux, nous sortons au
moteur mais nous mettons vite les voiles, il faut même prendre un ris. Nous sommes
au portant, le vent adonne, c'est une belle nuit sous voile sous les étoiles. Nous
arrivons au petit matin dans un mouillage paradisiaque. Bahia San Andres, caleta
Suarez tout au fond du fjord ressemble à caleta Olla (pour ceux qui connaissent).
Nous entendons des cris inconnus, quel oiseau est-ce là ? Le Weinmannia tricosperma
est déjà en fleur, (famille des Cunoniacées, j'adore cet arbre, ses feuilles sont très
remarquables, découpées comme jamais je n'ai vu, c'est comme si chaque bout de
feuille était découpé à l'emporte pièce, il reste des bouts du feuillage accrochés sur la
tige), on a vraiment changé de pays avec ces cris nouveaux. Il est 7 heures du matin,
oeufs au bacon pour les valeureux équipiers qui partent ensuite se coucher pour
récupérer un peu. Gaston commence l'école et je profite du calme pour laver le sol, je
cherche aussi à voir cet oiseau qui court sur la plage, comme un petit faucon, est-ce
lui qui crie ainsi ? on entend aussi un goéland, des perruches, des canards. calme plat,
soleil, sans chauffage, c'est l'été! Nous faisons un asado à terre, avec pas mal de
mouches... la civilisation approche!

Samedi 17 : Départ à 8h30. Nous voyons des manchots dans l'eau. (oui! ceux que
vous appelez pingouins, eh bien ça, c'est le nom anglais (encore eux!) en français, on
appelle ces oiseaux des manchots. Ce sont encore des manchots de Magellan, les
manchots de Humbolt qui leur ressemblent beaucoup vivent plus nord encore, sur les
côtes du Pérou. On voit aussi des otaries, mais aussi des bouts de cordages, des
bouteilles plastique et des sacs plastique..; la civilisation approche vraiment. Le
temps est calme, la sortie du mouillage est très jolie.

Dimanche 18 : Nous entrons par vent arrière dans le canal Chacabuco, il fait beau.
École, lecture, et Gaston qui est dans sa période pyromane allume des bouts de papier
avec la loupe. Vous voyez donc qu'il y a du soleil.

Lundi : Canal Errazuriz. Les bords du canal sont plus eloignés car le canal est plus
large. On commence à voir des bateaux de pêche beaucoup plus gros. J'en vois un de
loin qui traîne derrière lui quelque chose, mais je n'arrive pas à savoir quoi, on dirait
qu'il laboure la mer avec une charrue, on voit des remous de chaque côté de son
arrière... c'est super large.. Bizarre. On voit aussi des fermes à saumon. C'est un
immense rectangle ancré pas trop loin de la côte, une cabane posée dessus, plus ou
moins belle, grande ou moderne selon l'âge de la ferme, ce sont des bassins couverts
de filets (pour empêcher les oiseaux de venir se servir) reliés à des tuyaux qui
apportent la nourriture et l'oxygène indispensables à ces captifs. Il faut un an et demi
pour faire pousser un saumon à la bonne taille, et il faut le soigner aussi, donc,
médicaments. Il faut aussi nourrir les bêtes : il faut 6 kilos de poisson (que la pêche
industrielle va pêcher un peu plus loin au large) par kilo de saumon produit... Tant de
déjections concentrées tuent toute la flore marine locale, les poissons locaux ne
peuvent plus survivre, le désert avance sous l'eau aussi. On envoie les bateaux pêcher
en mer de quoi nourrir ces pauvres bêtes que l'on voit sauter désespérément, mais les
filets les retiennent prisonniers, pas d'échappatoires. Cette aquaculture qui peut nous
sembler un progrès est en fait une énorme catastrophe écologique, mais les intérêts
financiers sont trop forts, l'argent doit rentrer, toujours dans les même poches,
rassurez vous! Boycottons le saumon de Noël!!! zut, ce mail arrive trop tard!!! Il y a
des tas d'autres poissons tout aussi bons que le saumon, et qui poussent
naturellement, pourvu qu on ne surpêche pas... déjà trop tard ???
La route continue, devant moi, une île, ce n'est pas une île, c'est un boa. C'est un boa
qui a mangé un éléphant.
Aujourd'hui, Monique fait l'école à Gaston, je peux donc sortir un peu plus et vous
raconter en vrai. La nature est tout de même encore très sauvage par ici, quelques
manchots dans l'eau, très peu d'oiseaux, où sont-ils tous partis ? Les montagnes sont
partout à l'horizon, sur des plans différents, comme les différents plans dans un
théâtre, du noir au gris, toujours en allant du plus près au plus loin. Les sommets sont
enneigés au loin, mais c'est bizarre, je ne reconnais pas l'odeur de la mer...
Je fonce plein nord au moteur, droit vers une masse boisée. Y a-t-il vraiment un
passage par là ? Si l'on en croit la très belle carte papier de Pascalou, oui, en plus, le
programme de l'ordinateur de Denis confirme, je m'incline, allons-y!!
Ah oui! j'ai oublié de vous dire, ce midi, on a eu du cake de François, mais sans
François... merci Pattar pour la recette!!!! la prochaine fois, viens
donc le cuire toi même!!
Le ciel est bleu, quelques nuages de beau temps par ci par là, soleil et vent léger. On
distingue de très hauts sommets au loin. On approche de la chaîne des volcans. On
entre dans le petit canal Rodriguez, à gauche, une petite île (islote Sur) avec une
plage sur laquelle est posé un énorme caillou (gros comme une maison) chapeauté de
végétation. Il a probablement été déposé par par un glacier il y a fort longtemps. On
dit que c'est stérile par ici ? pas du tout! tout pousse au moindre grain d'humus et
d'humidité, à droite, une barque toute cassée, échouée. Au détour de la côte, voici
encore une ferme à saumon, une maison si l'on peut appeler ce bloc carré, est
accrochée aux arbres près de l'eau, des bouées orange, un petit ponton, ça pourrait
être le Canada. Ça fait drôle, j'étais bien habituée à la désolation et à la sauvagerie.
Retrouver les hommes ne me fait qu'à moitié plaisir... Et encore une saumonerie! avec
bâtiments, pontons, gros bateaux et... drapeaux! il ne manque que la croix et le
tableau est complet!!!. C'est comme un pré, bien carré, planté dans la mer avec
barrières et clotures... et drapeau.
Mouillage dans un petit village sur l'île Huichas, Puerto Aguirre. On trouve là Shanty,
bateau allemand de Berlin. Il a déjà vu Valhalla à Carriacou et à Ushuaia... le monde
est petit. Il nous donne des nouvelles de nos amis du bateau Sauvage, ils arrivent du
Pacifique pour aller en Antarctique, avant de repartir sur la mer où ils se trouvent très
bien... On va sans doute les retrouver à Hawaï en avril, ils font vite beaucoup de
route !! Dans ce mouillage, des dauphins de Commerson (noir et blanc) sautent une
fois! d'autres dauphins passent, pas le temps de les reconnaître, sans doute des
dauphins austral (lagénorhynque à menton blanc, mais je vous avais déjà averti au
sujet des noms français! vous l'aurez voulu!!) Nous allons faire un tour au village, il
me faut de la farine. C'est en travaux un peu partout car une équipe est venue
construire une route en béton, ce sera mieux que l'ancienne piste sans doute, mais
avec la pente très forte de la rue principale, j'ai peur que cette route ne se transforme
en rivière rapidement ! Nous cherchons un bistrot pour boire une bière, mais les
moeurs d'ici sont différents, les bistrots n'existent pas, ce sont plutôt des "débit de
boisson", c'est donc en théorie interdit aux enfants (et aux gens honnêtes) le patron
nous ouvre tout de même, trois pêcheurs attablés devant une bouteille de vin blanc
écoutent la musique locale, (genre folklore cow boy américain) ils ont l'air assez fait
déjà. L'endroit est assez glauque, bas de plafond (comme partout ici) défraîchi, triste
à pleurer, un pêcheur offre un deuxième coca à Gaston qui fait l'interprète, et invite
Monique à danser tandis que je décline son invitation... Monique a du courage! Au
mur, une interdiction aux moins de 18 ans, et aussi un panneau qui dit "bienvenue aux
fumeurs", c'est triste mais on rigole bien. Les gens d'ici auront quelque chose à
raconter au moins! de ces fous de touristes qui sont entrés dans cet antre, avec un
enfant en plus!! c'est qu'il ne se passe pas grand chose dans ces coins là.
Retour à bord. On rencontre sur le trottoir une jeune et jolie colombienne et son petit
ami chilien, ils avancent, ordinateur ouvert devant eux : ils sont en communication
Skype avec les parents à Bogota et leur font visiter le village... C'est irréel, vive la
modernité!
Repas de steaks, de la viande d'Ushuaia qui s'est parfaitement gardée.
Je fais des yaourts.

Mardi 20 : Il fait plus frais ce matin mais l'anticyclone est toujours présent. Nous
continuons vers le nord par le canal Puyuhuapi. Il y aurait des thermes plus loin... à
suivre. Nous voyons plein d'oiseaux, surtout des pélicans, c'est tout nouveau pour
nous. Ils sont vraiment gros et en vol, ils ressemblent à des ptérosaures. Des
salmonéras sur les bords. Caleta Emparo. Et voici une nouvelle vision du paradis : les
arbres sont magnifiques. Nous débarquons sur une petite plage et tout de suite
passons sous le couvert des arbres dans une succession de petits prés tout petits. Une
maison un peu plus loin, après la rivière. Nous arrivons sur la rive de l'autre coté de
l'île, les ossement blanchis d'un pélican récompensent Gaston de cette promenade
forcée sous la bruine. Nous repassons sur l'autre rive et partons vers la maison. Il
pleut plus franchement. Passé la rivière, nous tombons sur la maison principale, un
homme nous accueille et nous entrons faire connaissance avec les travailleurs du
saumon. Ces 6 chiliens vivent là, il sont plongeurs et travaillent à la salmonéra plus
loin. Ils font l'entretien sous l'eau. Le boulot n'a pas l'air épuisant, ils plongent un peu
le matin, parfois un peu l'après midi, mais je comprends qu'il n'y a pas grand chose à
faire. Ils nous disent qu'on vient de tout le pays pour travailler à ce secteur en
expansion. Ils travaillent 20 jours puis rentent 10 jours chez eux, mais à bosser 4
heures par jour au mieux, je pense qu'ils s'emmerdent. Et puis 7 heures arrive, on les
sent fébriles, l'un d'eux part démarrer le moteur pour alimenter la télé, c'est l'heure de
l'émission!!! à ne pas manquer!!! Ils voudraient bien qu on regarde avec eux, mais
comme on a pas envie ils nous mettent gentiment dehors... nous semble-t-il... Je me
sens privilégiée de vivre sans cette chaîne à la patte. Derrière la maison, une serre est
à moitié démolie, elle appartient aux "patrons" qui viennent rarement, quelques
vaches vaguent dans le coin, c'est à elle que l'on doit l'entretien des petits prés, des
voisins d'une île proche s'occupent des bêtes. Une petite île, avec de la terre riche,
quelques vaches, une serre, le premier voisin pas mal loin, la mer les arbres, pas de
télé, voila donc une vision du paradis comme je disais, mais qu'il pleut!!! ce n'est pas
vert pour rien.
Retour à bord sous la pluie, les portes du paradis se referment derrière ce rideau, il
pleut ici 300 jours par an. Un jour de soleil, et ce lieu peut sembler merveilleux, mais
que fait on les 364 autres jours... Et puis le Valhalla, n'est-ce pas notre paradis à nous,
Vikings, qu'il vente ou qu'il pleuve, avec notre carapace de métal sur le dos, nous
sommes partout chez nous.

Mercredi : Pluie toute la journée. Voile et moteur alternés. Seno Ventisquiero. Nous
arrivons vers 3h1/2 devant l'hôtel des thermes, on hallucine!! Bâtisse en bois, très
vitrée, des gens sont attablés devant des nappes rouges, derrière les vitres qui
dégoulinent de pluie, des chaises dehors autour d'une piscine qui fume, un kayak près
d'un plongeoir... c'est Moustique!!! Accueil par un gars en bateau à moteur fermé, il
propose un mouillage!!! Nous revoilà dans le monde, pas de doute!
Il va falloir s'y faire!

Jeudi 22 : Aujourd'hui, nous allons à l'hôtel des thermes. Nous sommes venus hier en
reconnaissance boire une bière au bar pour nous mettre au courant des tarifs. Ce n'est
pas donné mais ça fait envie à l'équipage, alors, allons y ! On nous donne une
serviette et un peignoir et nous partons prendre une douche brûlante, avec l'eau qui
coule, qui coule, qui coule, comme c'est bon! Il faut avoir vécu des restrictions d'eau
pour comprendre notre joie, toute cette eau qui coule et coule, et qui coulerait de
toute façon dans la rivière si elle ne passait pas par la case douche d'abord, et à la
bonne température, alors nous en profitons. La grande piscine voisine un jacuzzi et
des bains à remous, une chute tombe sur nos épaules, ça délasse vraiment. Gaston
s'amuse beaucoup. Nous allons ensuite en bottes et peignoir à la piscine extérieure, au
pied du bateau pour ainsi dire. Françoise et moi osons ensuite aller dans la mer(9, 10°
la température), mais faute de chaussures adéquates, nous glissons sur les cailloux et
ne pouvons aller très loin. Vite! la photo!! Après deux ans dans des chaussures, j'ai le
pied tendre! Retour à bord pour le repas de midi, je cuisine le repas du soir pendant
que Gaston fait un peu d'école et que le reste de l'équipage fait la sieste, et puis nous
repartons pour une balade par les sentiers entretenus par le personnel de l'hôtel. La
végétation est tropicale quasiment, on y trouve du bambou (je ne m'étais pas trompée)
des palmiers, des fuchsias à profusion, des gunneras( immenses feuilles plus grandes
qu'une feuille de rhubarbe, qui existent dans le sud mais de la taille d'une feuille de
géranium). Les sentiers non entretenus repartent vite à la nature. L'eau ruisselle de
partout, la mousse recouvre tout, c'est très humide et la proximité des sources
chaudes (que nous ne trouvons pas) doit contribuer à cette exubérance. J'adore tout
simplement me promener là, le vert m'attire de plus en plus. Nous retournons faire
trempette, c'est trop bon, et je retrouve Gaston qui a lié connaissance bien sûr, et qui
est tout fripé d'avoir tant trempé. Il en redemande malgré tout.
Une bien belle journée!

Vendredi 23 : Il pleut! ça vous surprend??? je me demande même pourquoi je le
mentionne!! Départ, moteur, vent dans le nez, ça se lève, ça bouge un peu. L'autobus
est inconfortable aujourd'hui... Ce soir, temps magnifique, couleurs chaudes du
couchant, nous entrons par un petit trou dans une baie minuscule, une maison gardée
par des chiens qui nous aboient dessus. Il n'y a personne, c'est fréquent ici, bien des
gens ont une maison de vacances dans les îles, et n 'y viennent que de loin en loin...
Quelqu'un accoste le ponton un peu plus tard, mais ce n'est que pour nourrir les
chiens, on ne voit personne. Nous partons à la rame faire une balade, une petite
lagune qui s'ouvre au bout du mouillage, il y a assez d'eau pour y entrer en zodiac a la
rame, et nous glissons sur l'eau, seuls au monde. La nature est bien belle. Nous
abordons près de la rivière, et puis dans une sorte de pré plus loin, nous botanisons, et
je ramasse un peu de céleri sauvage pour la soupe de demain.

Samedi : Anticyclone. Soleil. Route voile et moteur. Soupe au céleri sauvage et aux
feuilles de plantain, c'est très bon, avez vous goûté ? Il y en a plein les fossés chez
nous. Quiche à la centolla. On mange sous le grand soleil, la mer est plate. Gaston
termine sa dernière évaluation et Monique lui offre un légo technic
qu'elle gardait en réserve!
Les mouches reviennent, tout revient ensemble : les hommes, les chiens, les
mouches... finies les solitudes du grand sud, retour à la civilisation.
Le Chili est une étroite bande côtière coincée entre mer et volcans, les pentes des
montagnes sont couvertes de forêts et parfois, il a été impossible de construire une
route. La carretera australe (autoroute australe) s'interrompt donc et un trajet en
bateau est nécessaire pour retrouver la piste plus loin. La route ne va pas jusqu'au sud
de toute façon, et c'est ça qui a préservé cette partie de la Patagonie que nous aimons
tant. Les hommes ne sont pas méchants, mais trop d'hommes, ça nuit toujours à la
nature. Et ici, ils sont de l'espèce catholique à drapeau, ils pensent avoir le devoir de
se reproduire beaucoup... mais ne nous lançons pas non plus sur ce sujet.
À gauche, on voit l'île de Chiloé. Demain, nous traverserons le golfe de Corcovado,
mais ce soir nous relâchons dans les îles. Île Colocla, Dahlbag, Karstrom, Linahue,
Huépàn, des noms venus du monde entier, et ce soir nous dormons à la caleta
Tictoc!!! ça me plaît. Ce qui me plaît moins, c'est l'énorme moteur yacht que l'on
trouve ancré au milieu de la petite baie. Un hélicoptère sur le pont, des kayaks, fête et
musique tard le soir tandis que le navire lève l'ancre pour bouger pendant que ces
messieurs dame dorment. Demain, ils se réveilleront ailleurs. Mais le monde est à
tout le monde n'est ce pas. Notre ancre dérape un peu, et nous allons de nuit porter un
nouveau bout sur un ilot devant le bateau Pascalou et moi. La végétation ne se laisse
pas faire si facilement par ici, c'est très à pic et très touffu, pas facile de trouver un
arbre assez gros pour nous donner confiance. Une fois la manoeuvre terminée, on peut
à nouveau dormir sur nos deux oreilles. Pas de problème.

Dimanche : On entend les cris de manchots, c'est dommage, je ne peux pas vous les
imiter là, mais c'est très particulier et immanquable. Par contre, il est très difficile de
débusquer les petits bêtes qui se cachent à terre, dans leurs terriers. La saison de
nidification a commencé. Nous sortons au moteur en faisant du rase caillou pour
traquer le manchot de Magellan qui se cache sous la futaie. Un urubu noir fait sécher
ses ailes à la mode des cormorans, jamais vu ça encore!! le bout de ses ailes est
blanchâtre, il n'a pas la tête rouge de l'urubu du sud. Nous traversons donc le golfe de
Corcovado pour passer de la côte du continent à la côte de l'île de Chiloe, 40 miles
nautiques. À mesure que l'on s'éloigne du continent, on voit la côte s'élever.
Malheureusement, les nuages nous cachent une bonne partie de la chaîne des volcans.
On aperçoit tout de même un minuscule triangle blanc et pointu au dessus des nuages,
c'est le Corcovado qui culmine a plus de 2000 mètres. Arrivée sur Chiloé. veau,
vaches, moutons et cochons, nous voyons aussi davantage de bateaux. Ce sont des
bateaux de travail pour l industrie du saumon, il y a du trafic sur la VHF. Nous
entrons dans une rivière toute paisible et nous glissons entre les deux rives, on se
croirait en Normandie, les vaches nous regardent passer, les cygnes à col noir
s'approchent, des limicoles cherchent leur pitance dans la vase sur la rive. Nous
prenons l'apéro sur le pont en plein soleil, on se croirait en Suisse!!! La nuit tombée,
le ciel nous régale de son spectacle étoilé, ça nous change agréablement des jours ou
on avait du temps couvert. Trouver les planètes et les constellations est toujours une
activité qui nous plaît, à Monique aussi, qui est très forte sur le sujet.

Lundi : Route moteur. Nous sommes définitivement dans la civilisation, partout des
maisons, des chantier, des bateaux, nous sommes bien nombreux sur terre! Nous nous
arrêtons devant un chantier pour voir notre copain Mani sur Biribi Bi, il nous parle du
Chili. Quelques familles immensément riches possèdent à peu près tout le pays, et le
reste travaille pour s'acheter sont portable et sa télé... Le gouvernement vend des
concessions aux grosses entreprises étrangères qui exploitent et repartent quand c'est
épuisé... c'est un peu ce qui se passe avec le saumon. Ce n'est pas encore le paradis
donc. Nous repartons au moteur vers Castro, le plus grand village de Chiloé. On voit
des bouchots de moules sur bouées, partout, partout, partout, c'est surchargé, Mani
nous dit que les moules ne poussent plus assez vite, il faut attendre le double de
temps avant de les ramasser, mais il y en a toujours plus d'installées.... Allez
comprendre. Les saumons qui se sont échappés des écloseries sont très voraces, les
poissons locaux sont décimés, et tout ce système progresse vers le sud...
Nous avançons parallèles à la route de bitume, ça fait drôle de faire la courses avec
les voitures, et nous arrivons à Castro pour mouiller devant la ville. Les maisons sur
pilotis couvrent la côte, c'est assez pittoresque, on les appelle des palafitos (classés au
patrimoine de l'humanité...). Les pilotis sont très hauts, et la maison se retrouve de
plein pied avec le bateau à marée haute, il s'échoue sur la plage à marée basse. Mais
ces maisons se sont plus aux pêcheurs, on ne pêche plus d'ailleurs, on vend des
souvenirs aux touristes et les maisons typique sont été transformées en restaurants.
Les maisons sont très colorées, l'habitat est resserré, seuls quelques arbres émergent
des toits. Une énorme construction de béton en arc de cercle domine la petite ville, la
construction n'est pas terminée, qu'est-ce donc ? un hôpital sans doute pour avoir une
taille pareille!!! renseignement pris, c'est un mall! une de ces galeries marchandes
dont les chiliens sont tellement friands et qui pullulent ici à Puerto Montt d'où je vous
écris. Les gens de Castro voulaient leur mall à eux, eh bien voilà, ils l'auront et
mettront du même coup les petites échoppes du centre ville en difficulté.

Mardi : Nous débarquons, et je tombe tout de suite sur les militaires... Nous
empruntons leur ponton alors que c'est interdit, que faire ? l'annexe est déjà repartie,
et nous sommes là, alors, il ne reste qu'à sortir, mais il faut demander d'abord
l'autorisation... voila qui commence bien, moi qui les adore tellement ces gens là. Ça
grimpe, nous arrivons dans des rues encombrées de marchands, et nous tombons sur
quoi, après les militaires, je vous le donne en mille : sur la plaza de Armas où trône
l'église! bravo! vous commencez à me connaître! eh bien figurez vous qu'elle vaut le
coup d'oeil, le dernier cargo de peinture est tombé tout entier là et il n'en est plus resté
pour Puerto Eden, ça ressemble au château de Blanche neige chez Walt Disney, jaune
d'or et jaune clair, les ouvertures entourées de blanc, les clochers sont violet ( et si)
surmontés d'une boule rouge, et d'une croix blanche bien sûr. Vu de près, on voit que
le bois est très travaillé, tout comme de nombreuses maisons, elle est construite de
petites tuiles de bois qui se superposent, rondes, pointues ou biseautées, le travail est
superbe, mais ripoliné...Il faut voir ça, vraiment.
Les commerces sont très typiques aussi, de bois et de tôle, très profonds, ils regorgent
de marchandises qui pendent même du plafond, qui n'est toujours pas très haut, les
gens sont petits, Gaston est tout proche de la taille adulte, et je fais office de géante
(j'exagère à peine). Il fait sombre là dedans, fruits, légumes, fromages et mille autres
choses nous attirent les narines. Mmmm que ça sent bon la verdure. Les gens ont l'air
bien gentils, on en voit tout de même pas mal de "mal fagottés", (pauvreté ou je
m'enfoutisme campagnard ? ) on voit des carrioles tirées par un cheval, des voitures
aussi, des gens pressés, la vie quoi. Les maisons sont assez originales, de formes et de
couleurs, il n'y a ni normes ni plan, chacun a fait selon son envie ou ses moyens, le
résultat est plaisant et je le trouve préférable à ce que nous verrons plus tard depuis le
bus en allant à Santiago la capitale : des blocs de maisons toutes pareilles, en pleine
campagne, avec des rues tracées au cordeau. Ville nouvelles? ou cités d'entreprises ?
je n'en saurai rien.
Les palafitos sont en vogue il semblerait, ça plaît au touriste, certains sont rénovés
style écolo, bois et verre, de la lumière et un plafond plus haut, ces maisons rénovées
côtoient les masures de tôle au planchers de guingois, là, les fenêtres sont petites, et
le linge sèche au vent devant l'entrée. Nous croisons un affûteur de couteaux, il va de
par la ville en soufflant dans un ocarina un air connu de tous sans doute, il pousse
devant lui une roue de vélo..... je ne comprends pas trop à quoi elle sert... Nous
voyons aussi des ibis commencer leur nid dans notre premier araucaria. Donc, ces
oiseaux là nichent dans les arbres! et voici notre premier araucaria "sauvage"! je suis
très contente, ma journée est sauvée!!! Nous croisons aussi une dame toute petite,
sans doute une indienne Chonos, elle n'est pas plus haute que Gaston. Une librairie
moderne, des boutiques d'artisanat local ou fait en Chine, laine, vêtements tissés ou
tricotés, beaucoup de couleurs. Se côtoient ici tous les styles. Chiloé est aussi réputée
pour ses être magiques, sortis de la mer ou des arbres, ou encore des coquillages....
Les chilotes, habitants de Chiloé, sont un peu les bretons d'ici, tête dure, imaginaire
bien rempli, ils se sont répandus dans tout le pays et même en Argentine chez les
voisins, et ils gardent longtemps leur identité de chilote, tout comme nos bretons,
mais je n'en ai pas appris assez pour vous en parler davantage. Une autre fois?
Ce soir, nous mangeons au restaurant, les moules qu'on nous sert sont énormes, nous
en goûtons juste un peu car nous sommes tellement habitués à ne pas les manger que
nous restons méfiants : le sud est affligé par la marée rouge, c'est une microalgue que
filtrent les moules qui leur font fabriquer des toxines mortelles pour l'homme ;
paralysie du système respiratoire, ça ne fait pas un pli. Il semblerait que les pêcheurs
ne soient parfois pas trop regardants quand à leur zone de pêche, parfois donc les
moules sont pêchées un peu trop au sud... Méfiance donc. On goûte des praires
délicieuses, je choisis un poisson sauvage local, la merluza négra, poisson à chair
blanche délicieux que je connais déjà, car je boycotte le saumon, c'est dans mon idée.
Nous sommes bien reçus, on voit que les touristes viennent ici depuis longtemps, les
restaurateurs savent y faire avec les gringos.

Mercredi : Nous sommes presque au bout de notre parcours, ainsi, Monique, Denis et
Éric décident de débarquer pour profiter du spectacle à terre. Ils termineront le
dernier petit bout en autobus : la remontée de l'île de Chiloé, la traversée du détroit
d'Ancud et l'arrivée sur le continent jusqu'à Puerto Montt, et enfin le bus vers
Santiago qui les conduira à l'avion. Françoise continue avec nous, voilà donc tout à
coup l'équipage très réduit, nous continuons notre route nous aussi vers le nord,
moteur, école pour Gaston, le temps est très calme, il fait beau, soleil, ça fait du bien.
Les passages entre les îles sont très resserrés, on a l'impression de naviguer sur une
rivière, après le village de Dalcahue, le passage s'élargit, on vire à l'est avant de
refaire du nord à nouveau entre Chiloé et les îles Mechuque. Il y a des bouées à
moules partout, les flotteurs sont couchés ou debout, alignés ou posés en rond, de
toutes les couleurs ou bien tous bleus, on dirait la sculpture géante de land art "spiral
jetty" de Robert Smithson, que Gaston a étudiée en arts plastiques (cherchez sur
internet, c'est joli à voir, et super géant, et éphémère car les vagues l'ont mangée) ; ici,
on peut dire aussi que c'est une oeuvre d'art.
On voit maintenant très bien toute la chaîne des volcans vers l'est, mais c'est loin,
nous descendons le soir à terre pour une promenade sur la grande plage déserte. Les
galets sont très ronds! aussi ronds qu'au cap Horn!!! Il doit donc y avoir de la houle
bien forte la plupart du temps ici, ce qui explique qu'il n'y ait ni bouée de moule, ni
salmonéra ni même de ponton. La végétation est très dense, impossible de la pénétrer,
je retrouve les plantes que j'avais déjà vues et quelques petites nouvelles, je trouve
leur nom à toutes, je suis ma foi bien contente.

Jeudi 29 : Lever, départ, le ciel est couvert mais il fait chaud, on se croirait sous les
tropiques avec cette atmosphère fraîche du matin qui laisse vite la place à la chaleur
du plein jour. Le soleil chauffe à travers mon pull, c'est bien bon, il n'est que 8 heures.
Gare aux coups de soleil aujourd'hui! Nous nous glissons entre les îles, atteignons le
golfe d'Ancud et voyons Puerto Montt. En fait, ce ne sont que les marinas du début
du détroit, la ville est plus loin, nous ne la découvrirons que plus tard, en bus. Voila
de gros bateaux partout, plus ou moins rouillés, quelques voiliers aussi, nous
cherchons le bateau d'Enzo, le copain de Gaston. Nous trouvons Enez, le bateau de
Noel, nous faisons plusieurs tours avant de nous décider pour le mouillage, nous
avons bien le temps d'arriver. Pascalou et moi partons explorer les lieux en zodiac,
oui, c'est bien le bateau de Noël, mais il n'est pas à bord, nous voyons le personnel de
la première marina, et puis Steve, un canadien de Vancouver rencontré à Ushuaia, il
nous donne quelques tuyaux, personne à marine Oxxean, nous verrons demain pour
les tarifs. Quand nous rentrons à bord, nous trouvons un petit mot de Roger notre ami
australien, et bien voilà! nous arrivons en terre inconnue mais les amis sont déjà là
qui nous accueillent! c'est magnifique! vive la vie nomade!
Nous passons une jolie soirée bien calme et jouons au Uno.

Vendredi 30 : Nous nous décidons pour la marina Oxxean dont les tarifs sont plus
attirant que le club que nous avons visité hier. Pedro, le marin nous accueille très
bien, on accoste entre deux cat-way qui vont être notre petit coin à nous pour tout un
mois. Autour de nous, seul le bateau de Noël est un voilier, les autres sont des
bateaux de travail chiliens. Françoise nous prépare une mousse au chocolat, c'est la
fête ce soir, on préfère rester chez nous plutôt que courir sous la pluie pour trouver un
éventuel restaurant loin en ville. Patates sautées, oeufs au plat, mousse, et rillettes en
plus, on sera très bien chez nous. Et bien voila, nous sommes à nouveau dans le
monde, j'ai fini par m'y faire, la transition a pourtant été pour moi plus difficile
encore que les autres fois, c'est chaque fois plus difficile... est-ce ça vieillir ? on est
moins adaptable ? est-ce la fatigue ? Pascalou ne se plaît pas beaucoup ici, la mer est
si loin qu'on ne la voit pas, les montagnes sont dans les nuages, et si loin qu'on ne les
voit pas non plus, il lui manque une dimention naturelle d envergure, évidement, c est
pas Ushuaia ou nous etions au pied des montagnes, et puis il va falloir se remettre aux
travaux d entretien et de préparation pour la suite du voyage, c'est moins drôle que de
chercher sa route entre les îlots et les cailloux inconnus.

Samedi : Françoise monte dans un taxi (avec le dernier devoir de Gaston pour le
CNED, le numéro 4, on a bien travaillé!) pour se rendre à l'aéroport, elle retrouvera
Monique et Denis à Santiago. Éric, lui, a déjà repris le bus pour l'Argentine où il
réside une partie de l'année. Nous voilà revenus à notre vie de famille. Ouf! ça fait du
bien aussi.
Puerto Montt nous semble tout mité, beaucoup de maisons sont couvertes de mousse,
les toits, les murs, ça ruisselle de vert, la pluie, sûrement. Les trottoirs sont encombrés
de marchands ambulants qui ont aménagé leur petit coin en tendant des bâches, les
boutiques ne reçoivent plus qu'une chiche lumière, c'est très triste, mais il pleut tant
ici, qu'il faut bien s'arranger... On trouve plein de fruits, fraises, cerises, groseilles à
maquereau, voilà de quoi me réconcilier avec la terre. Les bus nombreux permettent
de circuler facilement, et nous allons en ville facilement, d'autres bus te conduisent
où tu veux, ainsi que des « collectivos », des taxis transformés en micro bus, qui
prennent les gens sur le trottoir pour les poser plus loin ! C'est super pratique quand
les courses sont trop lourde, ou quand il pleut...
Mais pour nous, la première préoccupation est de terminer de remplir les formulaires
informatiques déjà commencés à Ushuaia afin d'obtenir les visas pour l'entrée aux
USA. En effet, nous entrerons aux US a Hawaii, en bateau il nous faut donc un visa
spécial. Nous devons aller à Santiago du Chili, la capitale à l'ambassade US pour
avoir une interview, et obtenir, peut être le visa. Nous avons préparé plein de papiers,
dont une lettre de la banque qui dit nos avoirs... C'est plutôt long et compliqué, mais
un employé de l'ambassade me guide par mail et me facilite la tâche. Nous envoyons
les formulaires, payons avec beaucoup de mal les US$160 par personne par
téléphone, et attendons d'avoir un rendez-vous. C'est rapide. Nous prenons un bus de
nuit qui nous mène à Santiago, c'est normalement un siège "cama", (lit), mais il ne
s'incline pas vraiment très loin! nous dormons mal. Le paysage devient plus sec, aride
même, beaucoup de villages, des maisons partout, des cultures, de la vigne, plus de
forêt sauvage, et les fameux quartiers si étranges de ces maisons toutes pareilles au
milieu de nulle part, bien entourées de grillage, pour se protéger de quoi????
L'atmosphère à Santiago ce matin est très agréable, il fait bon, le soleil ne chauffe pas
encore mais il est là, l'air est sec, ça nous change!!! Nous trouvons difficilement
l'appartement que nous avons loué, c'est dimanche, il n'y a pas grand monde dans les
rues. Un chauffeur de taxi très gentil essaie de nous aider, mais il ne trouve pas plus
que nous... Un coup de fil au propriétaire nous met sur la voie : nous avions le
numéro d'une rue et le nom d'une autre, vu que l'immeuble est à l'angle
de ces deux rues...
Le petit deux pièces est bien cosy, nous pouvons nous reposer avant l'interview de
demain lundi.
Une balade au centre ville à deux pas sous le soleil, il y a beaucoup de monde, le père
Noël trouve une nouvelle toupie pour le Titi, nous visitons le marché aux poissons, ça
pue d'une force !!! et des gens sont attablés partout pour déguster les spécialités
chiliennes, nous voyons des artistes de rue : un jeune garçon et son père, une grosse
caisse et des cymbales sur le dos, ils dansent et tournent comme des derviches au
rythme de leur musique, c'est un vrai tour de force.

Lundi. Métro, faire la queue devant l'ambassade, fouille, confiscation de la bouteille
d'eau..... re-queue, et nous devons repartir en ville faire de nouvelle photos d'identité,
celles que nous avions amené ne conviennent pas!!! Mince!! On trouve assez vite un
photomaton, retour, la queue a beaucoup grossi!!! mais nous passons devant tout le
monde, re-check, re-queue, et on attend. Gaston commence à jouer avec une petit
fille, et enfin notre tour arrive. Derrière son guichet, un monsieur nous parle
espagnol, c'est difficile à comprendre un américain qui parle espagnol, il faut tendre
l'oreille!! on mixe anglais et espagnol, quelques question, fort bêtes sur le bateau et
les voiles... Il n'y connaît rien, on se demande à quoi riment ces question... Mais
finalement il nous congédie, il a l'air satisfait. Il n'y a plus qu'à attendre pour savoir...
Nos passeports reviennent à Puerto Montt par DHL le jeudi, avec de magnifiques
visas, multi-entrée, valables 10 ans; Ouf! en fait, ce n'était qu'une formalité, nous
avions pris cela très au sérieux. Tout de même, convoquer tous les candidats à l'entrée
dans un pays, quel boulot!!!
Lundi après midi, Gaston et moi partons à la recherche d'un musée, tiens! sciences
naturelles, ça a l'air pas mal! ce n'est pas si loin. Nous y allons à pied. La ville est un
bizarre mélange de vieux édifices coloniaux et de buildings neufs. Ça construit de
partout, la ville de Santiago est en train de pousser vers le ciel. Est-ce bien
raisonnable pour une ville où tout l'été le sol tremble régulierement.... Les vieux
édifices coloniaux tombent en ruine, certains sont en réfection, mais pour la plupart,
c'est trop tard. De toute façon, leur construction n'était pas très soignée ; je crois voir
une église en pierre de taille, mais à y regarder de plus près, je vois que tout l'arrière
de l'édifice est en briques, et que l'avant est en béton armé, très mince, et les flèches
et décorations tarabiscotées partent en sucette, un cordon de sécurité protège le
passant des foudres tombant du ciel. Un magnifique camions coca cola nous double,
et un peu plus loin, nous voyons le même en tout petit, il n'a plus que trois roues !
Beaucoup de peintures murales aussi, très grandes, et nous trouvons aussi un diogène
moderne qui a fait a cabane dans un cylindre d'égouts en béton !!!
Les rues semblent sûres, nous nous promenons sans peur en tout cas, l'atmosphère est
paisible. des parcs parsèment l'espace, pas très grands, mais c'est plein de monde sur
les bancs et dans les bacs à sable. Gaston joue un peu, car comble de malchance, les
musées sont fermés le lundi!!! Nous trouvons la consolation devant une glace à la
framboise.... et retour à l'appartement. Nous reprenons le bus de nuit pour arriver au
petit matin à Puerto Montt. Gaston et moi reprenons l'école, Pascal se met en chasse
de tout le materiel technique, et d'un tas d'autres choses encore dont il aura besoin
pour repréparer le bateau pour les tropiques. Il faut refaire une table, remplacer le
congélateur qui vient de décider de mourir, et que c est tes rats. Je réussis à sécher le
linge entre les gouttes, fais des confitures, des conserves, et je vous écris aussi, ça
prend bien du temps! J'ai bien conscience de ne pas raconter toujours des choses
intéressantes, j'essaierai de faire mieux à la prochaine étape.
Il nous reste 10 jours avant le prochain départ, nous avons fêté Noël en famille hier,
bien au calme, avec une super bûche mousse au chocolat framboises fraîches,
mmmmmm. Nous attendons Patrice, un breton qui vit sur l'île de Pâque depuis 25
ans, il arrive demain, et puis le 3 janvier Philippe et Pierre se joignent
à nous pour traverser.
Pour résumer, j'ai beaucoup aimé remonter ces côtes du Chili que je ne connaissais
pas, j'ai passé chaque instant de mon temps libre à traquer les espèces végétales
nouvelles. J'ai vu le cyprès apparaître à caleta Brecknock, à l'état de buisson pas plus
haut que le genou, pour le voir grandir au fil des degrés de latitude jusqu'à devenir un
arbre très apprécié des hommes qui le coupent pour construire des bateaux. J'ai
reconnu les bambous, une espèce assez petite et très jolie, les eucalyptus, l'arayan, un
arbre à l'écorce cannelle clair qui pèle, et les araucarias, déjà que nous sommes près
de l'Araucanie. Ici, les géraniums vivent en pleine terre, les fuchsias poussent comme
du chiendent, on les trouve parmi les ronces dans les haies. Les fougères ont aussi
poussé avec la latitude, mais le plus impressionnant reste la gunnera, ses feuilles ne
font pas plus de 4 cm à Ushuaia, et ici, elles font 1m50 de large !!
Les damiers du Cap nous ont fait un dernier salut, les albatros à sourcil noir on cédé
la place à la mouette de Patagonie, les pélicans sont apparus, et les fous aussi. Et les
cygnes a col noir ! Les baleines n'ont pas voulu se montrer, même quand nous
sommes passé dans un de leurs sanctuaires, mais les dauphins sont souvent venus
nous voir. Entre les nuages, nous avons pu reconnaître la croix du sud, Orion, le
scorpion, mais aussi les nuages de Magellan, le dauphin ou la mouche (je cherche
toujours l'atelier du sculpteur et la machine pneumatique!!!). Le Pacifique s'est
montré aussi, par petits morceaux, bien calme et sympathique, pour l'instant. Ce sera
notre prochaine aventure, quitter cette côte cap à l'ouest, puis au nord, pour voir si en
Alaska on trouve encore du saumon sauvage, des ours et des loutres. Notre petite
camera est réparée, nous essaierons de filmer les requins et les dauphins des
Marquises. Je ne vous ai pas beaucoup parlé des chiliens, c'est que pour connaître le
monde, il faut le pratiquer longtemps, une autre fois...
La suite : Île de Robinson Crusoé, île de Pâque, Marquises, un tout autre pays. Je
vous raconterai, promis. En attendant, profitez bien de la vie, des amis, du soleil et
des bonnes choses, tout ça pour la nouvelle année 2013, et plus si affinités.
De gros bisous,
Bernadette

Pascal, Bernadette et Gaston


 

BATEAU VALHALLA

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