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Géorgie du Sud

Récit de croisière en Géorgie du Sud
- octobre novembre 2006

Samedi 30 septembre 2006

17 H. Martin finit de ranger le pont, et nous annonce l’arrivée d’un grand bus. Super ! Nos amis arrivent ! Je vois quatre paires de jambes qui dépassent de la porte arrière ouverte, et je me plais à espérer… Mais non, c’est le chauffeur qui descend les bagages de nos trois amis. Ni Jacques ni Patrice ne sont là et ma première pensée est pour eux tandis que nous nous étreignons sous le soleil revenu.
Tout le monde est là maintenant, mais pour nous, l’aventure a commencé il y a 15 jours déjà. Le 15 septembre, Valhalla quittait Ushuaia à l’heure dite, un très bon premier point pour cette croisière. A bord, Martin et Ivone sont ravis de faire ce long voyage avec nous. Martin a hâte de montrer à Ivone toutes les merveilles qu’il avait déjà découvertes en Géorgie il y a 2 ans. Gaston est aussi très content d’avoir sa marraine pour si longtemps et la perspective de ce long voyage lui plait bien car nous irons en haute mer, et l’albatros ne manquera sans doute pas de lui apporter un cadeau de temps en temps.
Nous quittons la Terre de Feu sous les grains de neige, une dernière balade à Puerto Williams montre combien cette neige tardive étonne les oiseaux : eux si actifs la semaine dernière doivent la trouver amère. Les ibis déjà sur place doivent être tout perdus, et les vaches en quête d’herbe se rabattent sur les rues du village et ses attractives pelouses…
Après une escale supplémentaire a caleta Banner, nous repartons avec le pont tout blanc car nous renonçons à déneiger une fois de plus. Ce 18 septembre est ensoleillé et le temps semble clément. Des oiseaux migrateurs forment de longues queues de cerfs-volants qui ondulent dans le ciel. Ils descendent au ras des flots et remontent par vagues. Je ne les vois pas d’assez près pour savoir qui ils sont. Quelle importance…
Nous sommes au moteur, pas de vent.
Un pétrel géant blanc a diamants noirs, un couple de damiers du Cap, un albatros à sourcils noirs, et la danse des nuages noirs et blancs sur fond de montagne ensoleillée… Qu’il est bon d’être de quart quand tout le monde dort à bord…
Nous arrivons sur la côte des Malouines le 20 septembre après avoir alterné voile et moteur. Beaucoup de fuel, mais peu de malades, ce n’est pas plus mal à mon avis…

Vendredi 22 février
Port Stanley. La ville a beaucoup grossi en 10 ans. Les maisons sont toutes pimpantes, et qu’est-ce qu’il y a comme voitures ! Nous croyons même halluciner quand nous voyons une limousine passer sur le front de mer !
Le capitaine nous emmène au pub pour l’apéro du soir mais Arghhh ! Nous sommes vite refoulés ! Interdit aux moins de 18 ans ! Nous avions oublié cette vieille loi anglaise qui ferme la porte des pubs à Gaston... Tant pis…
Mercredi, Ken, notre ami anglais arrive avec le vol de la RAF en direct de Londres. Ça nous fait très plaisir de le retrouver pour cette nouvelle aventure. Ken nous invite à dîner à son hôtel et il nous gâte tous, surtout Gaston avec entre autre un magnifique manteau fourré rouge !
Samedi arrive vite, mais nous sommes prêts, Valhalla rechargé à bloc de gasoil, propre de la cale à la paume de mât, les moutons accrochés dans les haubans, nous sommes parés et nous décidons de partir dès le dimanche matin.
Bruno nous apporte de très beaux colliers de l’île de Paques, merci Patrice ! Et une magnifique confiture de Rapa Nui également, que nous dégustons dès dimanche matin.
Nous quittons le ponton vers midi en ce dimanche 1er octobre, et nous devons déloger le Golden Fleece de Jérôme Poncet amarré à couple. Nos amis en profitent pour faire une visite de cet autre fier destrier et en route !
Soleil, temps doux. Voile, mais le vent trop faible nous oblige à garder le moteur si nous voulons garder un cap et une vitesse honnêtes. Les quarts s’installent. Sur une idée originale de Pascalou, les horaires se divisent comme suit :
3 heures de quart pour Ken et Jacques
2 heures de quart pour Martin et Ivone
3 heures de quart pour Bruno et Yacine
1 heure de quart pour Pascalou et moi
Donc, finalement, sur 9 heures, les quarts tournent et chacun a son bout de pleine nuit et de petit matin frileux. La vie s’installe, tranquille. Nos amis décompressent petit à petit. Au fil des jours, on se croise plus souvent car chacun finit par avoir son compte de sommeil. Les conversations roulent sur les amis absents, les nouvelles des uns et des autres, et sur les oiseaux rencontrés pendant le quart. Albatros errant, damier du Cap, pétrel géant et autres. Gaston dresse l’oreille. Oui ! Un albatros est passé ! Une petite voiture en kit l’attend dans la cabane à chiens dehors. Son apathie disparaît en un clin d’œil et nous voici avec un Titi surexcité sur les bras ! « C’est la plus belle voiture que j’aie jamais eue… et rouge en plus ! »
Et nous mangeons des pizzas, saucisses aux lentilles, etc. il n’y a que sur le pain que nous ne faisons pas d’effort : nous nous contentons du pain anglais tranché des Malouines.
Jusqu’au 5, tout va bien. La Géorgie approche, plus que 150 miles. Mais la tempête approche elle aussi, qui va nous obliger à tirer un bord vers le nord pour fuir le gros temps. 50, 60 nœuds, qui peut le dire ? Seuls Pascal et Martin restent aux commandes. Il devient dangereux de sortir de toute façon. Ken réussit malgré tout à passer un moment dehors, solidement amarré avec un harnais. Une expérience fantastique pour lui qui n’a pas du tout le mal de mer. Se sentant en parfaite sécurité sur ce voilier et avec ce capitaine, il profite pleinement du spectacle des vagues et de la mer déchaînée. Et moi ? Je paie mon tribu, naturellement, et Titi aussi, et le reste de l‘équipage ? Je ne sais trop. Je crois voir Yacine faire un quart de radar pour veiller les icebergs. Plus tôt, sur la route, nous en avons croisé beaucoup, mais par ici on dirait qu’il n’y en a pas, tant mieux. Ils représentent le plus grand danger pour nous, ils sont vraiment énormes et il faut absolument les éviter.
Qu’il est bon de dormir quand quelqu’un veille !
Après un temps bien trop long, le vent se calme et nous reprenons notre route. Géorgie : 180 miles ! Oh non ! Alors on reprend le lent labourage vague après vague, et on reprend patience, une fois de plus. Un nouvel albatros arrive cette fois de l’île de Pâques, apportant un Moai.
Les Willis islands ! Oui ! Terre en vue ! Mais pas encore arrivés … Samedi 7 à 11 heures du soir, nuit noire, on mouille à Right Whale Bay. On n’a pas vu grand-chose de la côte pour l’instant : brume d’abord, et puis la nuit. 6 jours et quart de mer. Bon. Ne nous plaignons pas, c’est la mer…

Dimanche 8
Que faire ? Répondre à l’appel de mon estomac qui a refusé toute nourriture depuis trois jours ou bien profiter encore un peu de mon lit plat et sans bruit ? L’appel de la confiture de goyave est le plus fort… Je me lève sans bruit mais petit à petit, tout le monde émerge et découvre enfin cette île qui s’est cachée jusqu’au dernier moment. Beaucoup de neige, c’est notre première constatation. Quelle bonne idée les raquettes ! Sur la plage, on distingue beaucoup d’otaries à fourrure aussi. C’est la tempête qui les a poussées à se réfugier à terre car il est trop tôt encore pour que les mâles investissent les plages. Un gros groupe de manchots royaux dans la vallée, quelques éléphants de mer.

Lundi 9 octobre
Nous continuons la route, mais Grytviken, notre point d’entrée obligatoire, est encore loin. Nous faisons une seconde escale à Blue Whale Bay, douche, bon repas, petit tour à terre, nous y sommes enfin, si loin de tout, et si bien déjà entre nous. Gaston trouve ses marques, il a déjà commencé des causeries sur le corps humain avec Yacine (le chirurgien du bord) et repris ses bagarres avec Ken.
Mardi 10. En route pour Grytviken. Il y a de la mer, et je suis à nouveau pas bien. C’est le café ! Ivone dit la même chose. Je passe les détails nautiques (et naupathiques…), nous arrivons à Grytviken vers 16 heures sous le soleil. Pour être plus précise, je dois dire que nous arrivons à KEP, King Edward Point. C’est la pointe à l’entrée de la baie de Grytviken qui abrite les bâtiments de la base anglaise BAS, British Antarctic Survey, ainsi que la maison de l’officier responsable de sa gracieuse majesté, Pat, ainsi que sa femme Sarah. Elle s’occupe de la très active Post Office. Quand un paquebot passe par ici, ça fait pas mal de cartes postales à tamponner… Pat nous fait l’entrée officielle et tamponne nos passeports, il explique la conduite à tenir vis-à-vis des animaux, les lieux autorisés, ceux qui ne le sont pas, bref, il fait son travail, très cordialement.

Mercredi 11
Encore une douche ! Mais notre capitaine nous gâte ! On va finir par être propres, dit Bruno ! Nous faisons tous notre petite lessive entre deux visites aux éléphants de mer qui barrissent à quelques pas. Les réservoirs d’eau du bateau enfin vidés, nous pouvons charger la bonne eau limpide que Pat nous a généreusement offerte. Mmmm, qu’elle est bonne !
Chacun vaque à ses petites occupations : ménage, cuisine, journal de bord, balade, visite à la croix de Shackleton, érigée en son honneur par ses camarades après sa mort. La croix regarde vers le large, les montagnes sont gris foncé malgré la neige, le plafond est bas, le vent remonte un peu… Le linge ne sèchera pas ce soir…
Pat et Sarah nous invitent au Gin to du soir, l’occasion de connaître quelques scientifiques de la base. Nous retrouvons le médecin Charlotte, qui était venue plus tôt solliciter les lumières de Jacques notre dentiste à propos d’une dent récalcitrante. Une consultation très australe ! Je ne vous dis pas le tarif rien qu’en déplacement ! Mais Jacques était ravi d’être utile, même si tout l’équipage est encore plus ravi de ne pas avoir eu besoin de ses soins pour le moment…
Brusquement, la chef de BAS se lève : c’est l’heure du repas ! Et pouf ! Tous disparaissent ! Nous remettons nos bottes également et rentrons manger des pâtes chez nous. Gaston rapporte un trophée : une araignée violette en peluche qui vibre, elle s’appelle tremblotette…

Jeudi 12
Nous traversons la baie sans même décrocher le linge qui tente désespérément de sécher, pour nous amarrer au tout nouveau ponton de Grytviken. De cette ancienne base baleinière, ne restent que quelques bâtisses et quelques grosses machines toutes nues sous la neige. Le musée, un cottage où logent les gardiens du musée, Tim et Pauline Carr, l’église, fondée par Larsen en 1909 (eh oui, l’histoire baleinière est toute récente, la chasse a culminé entre 1910 et 1950, pour s’arrêter définitivement en 1965). Une grosse bâtisse fermée contenant des engins parait –il, et une longue ligne de porta-cabins très moches qui ont abrité les jeunes gens venus trois étés de suite pour démanteler tout ce qui pouvait représenter un danger pour les touristes qui passent maintenant régulièrement ici en paquebot. Plus loin, dans le petit cimetière, émergeant de la neige, une pierre dressée, toute blanche, une étoile noire gravée dessus, et un nom : Ernest Shackleton. Inutile de vous présenter ce héro de l’exploration polaire. Une fois encore, voir cette pierre m’émeut. L’image est toute différente cette fois : la hauteur de neige fait que je pénètre dans ce cimetière en enjambant la clôture. Seules deux autres croix blanches aussi émergent, une couronne de fleurs artificielles. Cette fois, je ne pourrai pas goûter le pissenlit qui pousse là…

Vendredi 13
Grand SOLEIL ! Et ce soleil mérite des lettres capitales. Pascalou propose une grande balade en raquettes, je reste à bord avec Gaston et nous occupons agréablement la journée tous les deux. L’équipage ravi rentre au soir, le cuir brûlé de tant de soleil. Le trou de la couche d’ozone est à son maximum juste au dessus de nous.
Journal de Yacine, extrait :
« Balade de Grytviken à Maiviken, balade sublime sous le soleil, en raquettes. Séances amusantes de culopatin ou plutôt ventropatine, avec comme moniteur Martin et tout le monde essaiera, même Bruno, qui se mettra plein de neige dans le slibard !
Pique nique proche d’une plage pavée de phoques et otaries, jaja au soleil, panoramas superbes de montagnes enneigées tombant dans la mer. »

Samedi 14.
Nous faisons une halte à Ocean Harbour, l’occasion de revoir l’épave du Bayard, toujours envahi par les cormorans royaux qui ondulent du cou pour leur danse nuptiale. Ils ont le dessus du bec orné d’une grosse boule jaune, signe immanquable qui montre qu’ils sont en pleine période de reproduction.
Promenade à terre, nous emportons les raquettes, les garçons montent la colline toute proche, Gaston fait quelques glissades sur la neige, mais c’est trop mou, le culopatin ne marche pas très bien aujourd’hui. Nous revenons vers les éléphants, un spectacle dont je ne me lasse pas.

Dimanche 15
Nous reprenons la route vers le sud, jusqu’au sud de l’île, Drygalski Fjord, nous nous abritons dans Larsen Harbour. Il ne fait pas très beau mais nous allons à terre voir les phoques de Weddell qui élèvent leur petit ici. Ils sont peu nombreux. La grande majorité des phoques de Weddell mettent bas sur la glace. La femelle allaite son petit sur la banquise tandis que le mâle grignote la glace pour maintenir ouvert le trou qui communique avec la mer au dessous. C’est l’accès à la nourriture et à la sécurité aussi. Il attend que la femelle soit disponible pour la féconder. Ici, la vie est plus simple pour eux, la mer reste accessible tout le temps. Le seul petit que l’ont voit a les yeux tout chassieux, il fait trop chaud pour lui, c’est certain.
Le temps va se détériorer prochainement, nous avons déjà eu bien du mal à arriver ici hier : peu de visibilité, de la glace, beaucoup de vent, Martin à la barre, Jacques à la veille aux icebergs, Pascalou au radar, le tout avec 50 nœuds de vent plus les rafales qui descendent des montagnes. Il faut être au moins trois pour arriver à quelque chose. De la navigation virile comme dit Pascal. Heureusement, la brume se lève à l’entrée de la baie, là où les icebergs sont les plus nombreux, et l’entrée se fait plus facilement. Bref, c’était chaud !
Donc, nous faisons cool aujourd’hui et nous verrons bien demain. La perspective de passer plusieurs jours ici ne nous tente guère après tout, et nous repartons vers le nord assez vite : cap sur Godthul.
Petit balade à terre en fin de journée. La plage est jonchée d’os énormes, vestige désolant du passage des hommes il y a quelque 50 ans. Il y a des os lisses, d’autres sont poreux, lourds, légers, il y en a de toutes formes et de toutes tailles, comme un cimetière d’éléphants… Les manchots papou indifférents atterrissent sur la plage, ils se propulsent depuis l’eau et arrivent sur le ventre, se rétablissant très vite sur leurs deux pattes. Ils grimpent la colline et nous les imitons pour découvrir une colonie déjà active où chacun s’affaire à construire un nid avec le peu de cailloux disponibles. Les oiseaux chantent, se font la cour, s’installent, s’apparient et procréent, c’est encore trop tôt pour les œufs.

Le lendemain nous allons tout près d’ici : Cobbler’s Cove, où l’équipage doit mettre des bouts à terre pour maintenir Valhalla en place, comme en Terre de Feu. Promenade jusqu’en haut de la colline, en raquettes. Une vue spectaculaire sur Rookery Bay, la mer scintillante sous un soleil splendide. Vue aussi sur l’entrée de Cumberland Bay. Tout le monde rentre ravi, et nous nous réjouissons de ce si beau temps, nous avons beaucoup de chance.

Jeudi 19
Mouillage à St Andrews Bay. C’est une grande baie où le bateau danse à l’ancre, mais nous ne manquerions pour rien au monde cette escale. Les éléphants de mer sont nombreux sur la plage noire, nous les contournons, tantôt par la mer, tantôt par la plaine encore glacée. Les bottes étaient une bonne idée aujourd’hui. Les manchots royaux se font plus nombreux, et une rumeur monte, de plus en plus forte de cris et d’appels. Nous trouvons d’abord les adultes en train de muer. Ils repartiront se nourrir dès que leurs plumes nouvelles seront toutes là, et ils reviendront retrouver un partenaire et s’occuper d’un seul œuf. Les parents couveront et s’occuperont ensuite du bébé le plus longtemps possible, le laissant finalement tout seul quand l’hiver sera là. Et effectivement, plus loin, on voit des points marron plus nombreux. C’est la rookerie des petits qui ont survécu à l’hiver. Des parents reviennent, appellent, et retrouvent leur petit après plusieurs mois d’absence, le reconnaissant au cri et le nourrissant à nouveau. Le petit a bien maigri pendant l’hiver, mais il a tout l’été maintenant pour finir de grandir et perdre son duvet, et pour pouvoir lui aussi partir en mer se nourrir seul.
Nous approchons des petits, boules marron pépiantes, l’hiver a prélevé sont tribu : les petits corps jonchent le sol, Gaston les compte, les touche. Ils sont tout doux, ils sont nombreux, mais il en reste aussi beaucoup de vivants. Que fait un parent qui revient trop tard et dont le petit n’a pas survécu ? Je crois qu’il recherche son partenaire et pond à nouveau tout de suite. Et que fait un petit dont les parents ne reviennent pas ? Il s’allonge par terre, et attend patiemment, et meurt, mais y a t-il des petits qui cherchent à tromper les grands ? On voit certains petits courir après des adultes et insistent, c’est l’adulte qui doit reconnaître le bon cri et nourrir le bon petit. Le spectacle est superbe, sous un soleil magnifique une fois de plus, les plumes jaunes du cou des adultes brillent et leurs plumes blanches resplendissent. Les cris sont presque assourdissants, on essaie de comprendre ce qui se passe, on se fait tout petit, on ne bouge plus, et les oiseaux approchent sans frayeur, on pourrait presque les toucher.
Gaston trouve un rocher inoccupé, il l’escalade sur toutes ses faces. Il est habillé d’un ciré complet, ce qui facilitera son nettoyage de retour à bord, car le sol est jonché de caca coloré ; blanc, vert, rose, une palette complète. Et Gaston peut se vautrer où il veut et jouer son content.
Nous passons une après-midi magnifique, manchots par milliers, ou éléphants, le spectacle est tout aussi passionnant. Des skuas se précipitent, nous apercevons alors près d’une femelle le placenta sanglant que les oiseaux se disputent. Un petit tout noir et encore tout mouillé n’a pas plus d’une heure de vie. J’aurais aimé voir la naissance, encore raté… La mère appelle, un mâle approche, elle proteste. L’énorme mâle s’en moque et se rapproche encore, il semble vouloir regrouper les femelles, il se fait plus pressant avec cette pauvre parturiente qui proteste de plus en plus. Un autre mâle plus bas sur la plage relève la tête, grogne en envoyant en l’air un gros nuage de vapeur pestilentielle. L’autre mâle ne demande pas son reste, il ondule droit devant lui, déplaçant ses trois tonnes avec une étonnante rapidité, écrasant au passage femelle et petit. Nous pensions que c’était l’heureux propriétaire des lieux, mais ce n’était qu’un truand qui pensait pouvoir profiter de la sieste du patron pour s’approprier une petite femelle. Ne savait-il pas qu’il faut attendre 21 jours au moins pour que la femelle soit prête à recevoir le prochain bébé ?
On pourrait rester là des heures ! Mais il se fait tard, on repart vers le rocher qui avait servi de débarcadère à notre arrivée et Gaston joue à décrocher les stalactites en attendant l’annexe. Un couple d’albatros fuligineux niche 2 mètres plus haut dans le tussok, ils sont gris cendré foncé, le corps juste un peu plus clair, les yeux entourés de blanc, ils sont magnifiques. Ken, Yacine et Bruno arrivent à faire quelques photos, on entend cette fois-ci très nettement leur cri qui ressemble un peu à celui des goélands, en un peu plus long et plus aigu. Voir ces oiseaux voler est impressionnant, pas un battement d’aile, ils exploitent les courants d’air et se meuvent dans le ciel comme le plus habile des dauphins dans l’eau, ailes étendues, proportions harmonieuses, un oiseau magnifique.
Tout à coup, des skieurs arrivent derrière nous ! Mais oui, Golden Fleece arrive lui aussi pour récupérer son équipage de français skieurs. Une occasion de reparler de cette tempête qui nous a frappés en arrivant près de la Georgie. Jérôme, lui, l’a prise dès son départ de Stanley, cueillant l’équipage à froid. Brrr, pas drôle de se faire brasser avant d’être amariné.
Nous rentrons à bord, Valhalla est pris de la danse de Saint Guy. Impossible de passer la nuit ici. Nous faisons donc route sur Grytviken où nous arrivons à la nuit.

Vendredi matin, nous refaisons le plein d’eau tandis que Pat prend le café avec nous. La conversation roule sur les pêcheries. Les bateaux viennent à KEP chercher leur licence de pêche, se faire inspecter, et parfois aussi ils y trouvent assistance médicale auprès de Charlotte. La pêche, c’est ce qui rapporte le plus d’argent à l’île en droits de pêche. L’hiver, on pêche le krill et l’été le tooth fish, un gros poisson de fond qui se vend bien sur le marché européen comme asiatique. Naturellement, il faut surveiller les bateaux : zones de pêche, maillage des filets, conformité des long liners. Beaucoup d’albatros se font prendre aux hameçons des longues lignes mais de nouvelles règles simples permettent de limiter les prises : on utilise maintenant un appât différent. En effet, le poisson congelé utilisé comme appât jusqu’à maintenant flotte, la ligne reste en surface plus longtemps que prévu et les oiseaux attirés par cette nourriture facile se prennent aux hameçons et se noient par milliers. Une ligne leurre munie de grosses bouées doit empêcher les oiseaux d’avoir accès aux hameçons, quand elle est installée bien sûr. Ainsi, les lignes peuvent couler avant que les oiseaux aient le temps de s’y prendre. Pour cet hiver, les chiffres sont encourageants : aucune pise d’albatros à l’intérieur des eaux territoriales. Mais que se passe-t-il au-delà des 200 miles ?

Il fait beau une fois encore, nous sommes vraiment chanceux. Nous ne nous attardons pas et faisons route au moteur vers Cumberland ouest et le glacier Neumayer. Nous faisons du rase cailloux au moteur et passons au pied de Maiviken déjà visité par terre. Les rochers sont roses, bordés d’algues, goélands et sternes s’affairent ainsi que les albatros fuligineux qui appellent. On dirait la Bretagne, tant par le paysage que par le son. Et le soleil qui baigne tout cela est la cerise sur le gâteau. Journée splendide, spectacle incroyable de montagnes alpines les pieds dans l’eau. Le mont Paget culmine à 3000 mètres, ce n’est pas très haut, mais à notre latitude, ça équivaut à une haute montagne.
Le glacier Neumayer étincelle au loin, bleu et blanc, mais on ne peut approcher le front à cause de la large bande de pack et de brash congelé qui le borde. Pascalou recule un peu et lance Valhalla à l’assaut de la couche glacée. Ça rappelle des souvenirs à certains de nos équipiers… Et nous coupons le moteur, profitant de ce parking improvisé pour pique niquer à l’avant du pont. Quelques hardis descendent fouler la glace par le bout dehors, la couche de glace ondule, il faut essayer de rester sur les plus gros morceaux de glace pour ne pas risquer de prendre un bain… Quelques pas, pas trop loin, et champagne pour tous. Encore une fête improvisée qui ravit nos cœurs et nos sens, quelle chance nous avons encore une fois.
Tout près du glacier, Carlita nous tend les bras. Cette petite anse ronde est toujours aussi jolie. La plage est investie par les éléphants, une petite colonie assez paisible. Grande promenade à terre, sans raquettes car la partie ouest du mouillage est bien déneigée. Quelques albatros fuligineux tournent autour des hauteurs mais ils restent à distance, les pétrels à menton blanc ne sont pas encore arrivés. Les sternes sont déjà là et elles nous attaquent des que nous approchons de leur zone. Porter une casquette et une bonne protection.
Gaston et moi faisons une pose sur le dernier mamelon surplombant le mouillage. Ken nous rejoint et nous trinquons avec une bière que notre prévoyant anglais avait emportée. Nous avons fait un grand tour et mon Titi est vanné, ça lui fait du bien de prendre de l’exercice. Il sort trop peu.

Samedi 21
Sous un soleil radieux les montagnes se découpent, noires et blanches sur fond de ciel bleu. Pascal nous amène en zodiac au milieu des éléphants et nous débarquons sur cette plage de sable noir, raquettes en main, pour faire une petite traversée qui nous mènera de l’autre coté de la pointe, à la station baleinière d’Husvik. Tous les 6, nous décidons de commencer sans raquettes car le terrain est faiblement enneigé. C’est une vraie promenade de santé par ce temps resplendissant. Une fois les éléphants passés, nous ne rencontrons plus d’animaux. Pas de manchots. La marche est facile, le terrain monte peu. Notre petit groupe s’étire dans la vallée, petits points rouges ou bleus perdus loin de tout dans ce silence de début du monde. Un tout petit lac gelé à peine recouvert de neige accroche notre regard, bijou bleu étincelant. Yacine filme. Oh, c’est beau ! Oh oui ! Quelques rennes se montrent et se sauvent aussi vite, ils sont très sauvages.
De chaque coté, des montagnes pas très hautes mais bien enneigées. Le ciel est si bleu que le relief se découpe avec une netteté étonnante. Je suis très contente de pénétrer, ne serait-ce qu’un petit peu à l’intérieur de cette île mystérieuse. Impression de vulnérabilité, nous sommes entre les pattes du monstre et si le vent décide de se lever, une promenade peut se transformer en cauchemar. Aujourd’hui, rien de tel heureusement.
Je finis par mettre les raquettes car la couche de neige s’épaissit. Ta-ke-tchac, ta-ke-tchac, ta-ke-tchac, j’ai des raquettes à trois temps et ça fait beaucoup plus de bruit que je ne croyais. Mais une autre rumeur se fait entendre déjà, des éléphants ? La rive approche, une colonie de manchots papou a investi une petite hauteur caillouteuse, on voit déjà l’eau du fjord qui scintille, pas de glace par ici, pas de mâts jaunes non plus, la route par la mer est plus longue que la notre.
Nous atteignons la plage, les éléphants dispersés grognent à notre passage. Les petits bêlent pour avoir du lait, les mères se dressent et montrent les crocs à l’approche des intrus, mais en ont-elles après nous ? En fait, cette petite communauté est très querelleuse, les animaux sont affalés pratiquement les uns sur les autres, et ils protestent quand un voisin les réveille pour rien. C’est un concert de rots et de grognements ininterrompus, et à force, nous commençons à les imiter assez parfaitement. Pour certains d’entre nous, l’exercice est très aisé… De temps en temps, le bruit est plus fort : des rots sonnants répétés nous font repérer le mâle qui cherche querelle au pacha du harem. Mais l’énorme roi de trois tonnes et demie n’a qu’à lever la tête et répondre pour que le challenger se carapate vers la mer. Les combats sérieux ne se voient qu’entre animaux de même taille, pourtant les plus jeunes s’essaient parfois à défier le maître, juste pour voir.
Valhalla est visible entre les deux icebergs de service. Nous avons le temps de manger quelques fruits secs avant d’aller prendre les amarres. Un fort vent de nord ouest prévu pour demain après midi a incité notre capitaine à utiliser ce ponton, même s’il est pas mal pourri. Ce sera malgré tout notre meilleure option. Avant cela, il me reste un peu de temps pour arpenter le village fantôme. La moitié des bâtiments est inaccessible ; les toits effondrés laissent voir les étages éventrés. J’approche d’un grand hangar, il fait sombre là dedans. Un grognement ? Un éléphant a élu domicile dans cet antre puant, le sol est noir et luisant, mélange de féces, de poils de mue et de plumes de manchots, et l’odeur, l’odeur… Je recule… Je vais voir plus loin, prudemment. Au sol traînent vieilles tôles, poulies, câbles et bouts de machines éparpillées, mais le tout est recouvert d’une bonne couche de neige traîtresse. Je ne vais pas plus loin car je ne veux pas que ma jambe passe à travers des tôles rouillées, ou pire. J’ai encore le souvenir très net de mon dernier passage dans ce lieu. Il ne reste plus grand-chose à voir, les meubles sont renversés, tiroirs par terre, bouts de verre et de papier partout. Des clous, des engrenages, tout un fouillis d’atelier, de laboratoire ou de lieu d’habitation. Les lieus sont encore reconnaissables, alignements de lavabos ou de fours, selon le bâtiment. Mais je préfère m’éloigner, je ne ressens pas l’émotion de la première fois où la présence humaine avait été pour moi encore palpable. Aujourd’hui, cette visite me rappelle plutôt les milliers de baleines qui sont passées par ici, sacrifiées sur l’hôtel de l’industrie. L’huile de baleine était le lubrifiant indispensable à la mécanique, c’était avant l’utilisation du pétrole. Aujourd’hui, les baleines restent invisibles, aucune n’aura échappé au massacre…
Tout d’abord, les chasseurs se sont intéressés aux baleines qui flottaient une fois harponnées : cachalots, baleines à bosse et baleines franches. Mais un Danois ingénieux a fini par mettre au point un harpon permettant à la fois de tuer la baleine et de la ramener le long du flanc du navire. Du coup, les rorquals communs et les baleines bleues ont pu être chassées aussi. Quel désastre. Depuis le temps que je suis sur l’eau, je n’ai encore jamais vu de grande bleue, et les autres, si peu, bien trop peu. Raison de plus pour faire attention à ce qui reste et pour protéger TOUT notre environnement, où que nous soyons.

Valhalla approche, les amarres sont rapidement en place et le capitaine décide de nous régaler d’un asado : alors on s’active, on installe une grosse plaque de fer, et quelques autres sur les côtés pour cacher le feu du vent. On récolte du bois, et bientôt le mouton grésille au dessus des braises. Déjeuné dîner dégusté très tard. Nous terminons la soirée en faisant cinéma : « Il était une fois dans l’ouest ». C’est un peu irréel tout ça, mais nous sommes tous bien heureux de ce break détente.
Ce matin, ce n’est plus tout à fait la même chose. Plafond bas, bruine, pluie fine. Qu’à cela ne tienne, cinq vaillants décident d’aller voir si le lac Gulbransen est plein ou vide. Il faut s’habiller plus chaudement, j’échange donc la casquette d’hier contre ma chapka plus chaude et j’enfile un pantalon de ciré. La balade devrait être plus courte aujourd’hui, mais ça va monter un peu plus. Ne nous chargeons pas, un œuf dur, un saucisson, quelques amandes, ça ira.
Aujourd’hui, nous chaussons les raquettes dès la fin du ponton, le ciel a disparu, les montagnes aussi, la lumière blanche et laiteuse est tout à fait différente aujourd’hui. Nous avons une bonne visibilité malgré la pluie fine. Jacques le solide est notre chef d’expédition incontesté. Nous suivons sa trace. Ta-tchak, ta-tchak, raquettes à deux temps sur la neige plus molle. Le vent est raisonnable, dans le dos, il nous pousse plutôt. La montée est assez facile quand la neige croustille mais quand les raquettes s’enfoncent, il faut faire des pas plus petits si non on se retrouve à genoux, et c’est dangereux, on se casserait la jambe comme un rien.
Le terrain est sain, pas de glaciers, pas de crevasses. Nous suivons notre guide. Un petit stop pour communiquer avec le bord. Pascalou est content de nous entendre, nous continuons malgré le temps.
Un premier petit col et nous changeons de direction. Encore un effort. On voit le sommet du 2e col, pas très loin. Le vent monte et nous pousse de plus en plus. Nous y sommes enfin. Et je me souviens de mon dernier passage ici, sous un soleil radieux comme celui d’hier. Cette fois-ci, le vent est si fort que nous décidons de redescendre tout de suite. Oui, le lac est là, coincé entre le glacier Neumeyer et la côte, recouvert de neige, impossible de dire s’il est plein ou vide. Ce n’est pas encore cette fois-ci que je m’en approcherai…
Il faut s’équiper pour repartir face au vent, lunettes et col fermé par une écharpe, les joues sont criblées par une petite grêle qui pique. Jacques marche devant sur nos traces de montée encore visibles. Je marche pratiquement dans les raquettes de Ken, ne pas se laisser distancer permet de marcher tête baissée et d’éviter le gros de la pluie sur le visage et dans les yeux. Jacques avait prévu les lunettes de ski, mais moi pas.
20 minutes de marche, le vent passe au dessus de nous maintenant, la marche est moins pénible. Nous faisons une courte halte pour manger une tranche de saucisson et l’œuf dur debout en cercle, et on repart après avoir appelé le bord en VHF. Pascal nous promet une douche dès notre retour, Oh ! Quelle belle perspective ! Nous arrivons en bas trempés comme des soupes : pluie par dehors et condensation par dedans. Oh ! La bonne eau chaude qui coule dans le cou, un délice ! Nous sommes tous les cinq bien heureux d’avoir fait cette petite marche de 4 heures. Ce n’était pas très long et c’était plutôt bien de se confronter à des conditions plus difficiles. On se rend tout à fait compte qu’il suffit de peu pour que ça devienne l’enfer, mais c’est le cas partout en montagne, pas seulement ici.
Dans la nuit le vent vire au sud ouest, il faut se lever à 3h1/2 du matin pour dégager du ponton. Le vent a chassé les nuages, les étoiles sont innombrables : Orion, la croix du sud, le grand chien, Sirius et la queue du Scorpion, wouah ! Quel ciel ! Le jour point déjà à 4h1/2 mais nous retournons nous coucher, bien au chaud.

Nous sommes déjà le 23
le vent souffle toujours, ce qui permet de sécher le linge dehors. Lecture, écritures, courrier, couture, pain, la vie s’organise, on va bouger bientôt. Nous voulons aller voir les albatros à l’île Prion, bientôt.
Vers 4 heures, nous bougeons vers Stromness. C’est là que Shackleton est arrivé après sa traversée de l’île à pied. Nous voulons tous voir cette maison historique. Elle est encore debout. Ses fenêtres ont été aveuglées il y a longtemps ce qui fait qu’elle est encore entière. Une plaque apposée par la petite fille de Shackleton nous assure que c’est bien là qu’il a frappé après son aventure. Ici, le village est assez petit, beaucoup de très grands hangars dont les tôles volent au vent. Il faut être prudent, surtout aujourd’hui car ça souffle pas mal. On trouve ici des tas de tubes d’acier bien rangés, des tôles, des safrans, engrenages et poulies. Cette station servait surtout à la réparation des bateaux.
Quelques éléphants encore, mais assez peu. Tout un groupe a choisi de s’installer sur la neige assez loin de la plage. Pourquoi donc le pacha a-t-il choisi d’aller si haut plutôt que de rester au bord de la plage comme tous les autres ? Jérôme me dit que c’est un mystère mais qu’on voit ça souvent. Golden Fleece est amarré à un bout de ponton. Nous faisons de même un peu plus loin, là où ne restent que les piles en bois. Il faut utiliser l’annexe pour débarquer. Mouiller dans la baie est impossible : trop de fond partout et trop d’épaves au bord. Plusieurs bateaux déjà ont perdu leur ancre ici, irrécupérablement coincée dans les amas de ferraille qui tapissent le fond. Cette grande profondeur jusqu’à la plage permettait aux navires usine de venir s’amarrer à quai.
Parlant de station baleinières, voulez vous quelques chiffres effrayants ?
Traduction extraite de « Salvesen in the Antarctic, A Whaling Entreprise » par Gerald Elliot.
« En 1910, Salvesen était devenue la plus grosse compagnie baleinière du monde. La compagnie avait 5 stations : en Islande, dans les Faroes, dans les Shetlands, aux Malouines et en Georgie du Sud, et avec 20 baleiniers elle prit 2 350 baleines et produisit 66 500 barils d’huile, c'est-à-dire, 11 100 tonnes. Ce n’était cependant que l’enfance de cette industrie. La production totale de Salvesen était minime alors comparée aux 3 600 000 barils produits dans la période postérieure à la 2eme guerre mondiale. De la même façon, le contraste est grand entre les 400 employés de 1914 et les 2 000 employés des expéditions postérieures à 1945. »
Et tout ça, pour fabriquer quoi ? Principalement de la margarine… Quand le beurre est tellement meilleur !! Bien sur, il y a aussi eu la production de glycérine pour la guerre…
« Pendant la saison 1910/1911, 6 000 baleines à bosse furent prises. Bientôt, on n’en trouva plus. En 1917/18, les prises de baleine à bosse étaient descendues à 60 et la pêche était passée au stock encore abondant de baleines bleues et de rorquals communs. »
Les navires usines ont fini de tout consommer, pêchant à outrance, comme les hommes savent le faire.

Le soir, le vent souffle assez fort. Pourvu que les amarres ne se cisaillent pas ! Nous n’aimerions pas prendre Golden Fleece dans le derrière…
Le vent s’apaise dans la nuit et nous pouvons enfin trouver un sommeil plus profond.

Mardi 24
L’équipage part en balade dans la vallée que Shackleton a empruntée à son arrivée. J’attends cette fois-ci le rapport de Bruno.
Je reste à bord, Martin en profite pour graisser quelques winchs, et Pascalou part en chasse avec Jérôme. Ils reviennent avec deux bêtes, nous allons pouvoir goûter le pâté et les cuissots, c’est super.
Expédition vers Fortuna, journal de Bruno :
Cette fois nous ne serons que 4 : Jacques , notre dynamique montagnard , Ken notre flegmatique British, le père Yacine (y’a plus à le présenter çui-ci), et l’essoufflé de service, pas encore très copain avec les températures en dessous de 20° ; nous n’avons pas oublié la VHF, histoire de prévenir Valhalla de nos intentions en route, car la météo n’est pas sure, et nous quittons le bateau un peu tardivement vers 11 heures ( fo pas déconner cé lé vacances !). Au moins 1 à 2 Km de plat pour commencer ; remonter la vallée de Stromness, ça me convient, même si la neige est bien molle, et ça patauge un peu au début ! Pas de grand ciel bleu, mais rien d’inquiétant pour l’instant. Nous croisons une petite colonie de manchots en route sur une des collines, et attaquons la montée ; en fait nous essayons de rester rive droite de la rivière (c’est moins snob), et avons repéré des traces de ski des équipiers de Golden Fleece des jours précédents ; la montée se fait plus rude et je commence à cracher mes poumons, jusqu'à ce que nous arrivions devant une barrière rocheuse ; soit à droite de la rivière en contrebas, mais vraiment contrebas, soit contourne par la gauche mais cela prendrait du temps. Qu’a cela ne tienne, nous grimpons les derniers mètres de neige très, très raides, les pas dans ceux du précédent, jusqu’aux cailloux, on enlève les raquettes, et on commence la grimpette…. Un peu hasardeuse d’ailleurs car non seulement en pantalon de cire, cire, sac-à-dos et raquettes qui y pendouillent, c’est moyennement pratique, mais en plus on s’est fait avoir sur la qualité de la montagne !!! Elle se barre en 1000 morceaux ! Rien de stable ; elle s’effrite, pire qu’au mac do (ha, ha). Bon, bon, grâce à notre courage sans limite, nous arrivons enfin au sommet (au moins 7 à 8 mètres !). Pause pour nous remettre de nos émotions. Et nous appelons Valhalla, mais la com n’est pas bonne ; nous décidons d’aller voir jusqu’au col tout de même, histoire de voir à quoi ressemble l’autre versant (glacier de Fortuna Bay), mais comme il est un peu tard, nous revenons sur Stromness, non sans éviter soigneusement notre petite escalade de l’aller. Finalement sympathique balade, même si nous n’avons pas atteint Fortuna, ou nous irons par la mer demain.
Super chocolat chaud gentiment préparé par Yvonne a l’arrivée.
Apéro chez Jérôme (Golden Fleece) le soir bien animé, où il m’a raconté ses 3 accouchements ou plutôt ceux de Sally, pour être plus juste ; pas toujours très cool, et qui m’ont laissé rêveur, vu les conditions dans lesquelles ils avaient décidé que cela se passerait c-à-d… entre eux, tranquilles.
Bref, départ au soleil comme d’habitude ce mercredi, de Stromness…. Mais ça c’est une autre histoire…

Mercredi 25
= Reprise tardive du journal, en fait repris sur notes mais après notre traversée retour un peu éprouvante.
On dérape de Stromness vers la baie Fortuna, courte traversée mais sous la neige cinglante et mer formée. On croise en baie Fortuna notre premier paquebot à touristes dont on reste à distance. Je crois d’ailleurs avoir identifié des centaines de touristes sur la plage alors que c’étaient des manchots royaux, pas très bonnes finalement mes super jumelles, ou le gabier n’était pas à jeun.
Sommes restés toute la journée du 26 jeudi oct. mouillés a Fortuna à farnienter toute la journée sans mettre le nez dehors du fait du mauvais temps. Corps à corps avec Gaston et film, étrange sensation en regardant le western « Missing » un peu envoûtant et un brin terrifiant avec le vent qui hurle dehors et la salle de projo qui donne de la bande dans les surventes.
V 27 - 10 Dérapage de la baie Fortuna vers la baie des Iles avec visite de l’Ile Prion, sublime balade camera en bandoulière à me coucher à proximité des poussins Albatros hurleurs à ramper doucement pour venir observer ces adorables boules de plumes à l’allure un peu ahurie qui gardent encore une couronne de duvet juvénile autour du cou et qui s’entraînent à battre des ailes en vue du premier décollage.
Avant de réembarquer dans l’annexe, Bruno et moi sommes coursés par 2 otaries mâles de bon poids, qui en fait, se pourchassaient ; mais comme on était dans la trajectoire des charmants monstres… encore une affaire Dreyfus évitée de peu.
Toujours amusé à bord, de voir notre très distingué copain Ken lire avec son billet de 50 livres en guise de marque page. A propos de Ken, une anecdote (et peut être plus, qui sait, dans l’avenir ?...)=il se trouve que, il y a 1 ou 2 ans j’ai lu sur un journal qu’un Américain venait de mettre au point le premier avion privé commercial à pouvoir envoyer (quelques instants) quelques heureux privilégiés en orbite autour de la terre. Amusé par le texte, et intrigué, j’ai continué la lecture et l’Américain disait, semble-t-il sérieusement, qu’il souhaitait mettre à la portée du plus grand nombre ce type de voyage... Je suis resté pensif et j’ai rangé le papier… et il se trouve que le père Ken non seulement connaît le cher Américain mais est inscrit sur la liste… bon bon, j’essaye de calmer mon doux délire, mais, en attendant, je lui ai demandé quelques tuyaux, au cas ou un jour… j’utiliserais le même marque page !...
On peut toujours rêver… Je prends la relève, Yacine étant parti reposer ses intestins indisposés temporairement.
Apres ce petit débarquement sur l’île de Prion (très réglementée puisque nous avions des limites de promenades très précises) dans la baie des îles, au milieu des Albatros relativement peu nombreux, nous rentrons encore plus au fond de la baie pour mouiller à Salisbury (28 et 29 octobre), très longue plage qui se poursuit par un glacier en retrait. Débarquement armé, car les otaries commencent à être nombreuses sur les cailloux où nous avons choisi de débarquer, du fait de quelques vagues sur la plage. La mise à terre de l’équipage se fait en 2 fois, et entre les 2 navettes nous avons failli nous perdre car le plafond est franchement bas et le brouillard nous enveloppe rendant la silhouette de Valhalla à peine visible. Grosse colonie de manchots royaux, avec petits à nouveau ; ils sont vraiment magnifiques, même malgré la lumière peu favorable. Malheureusement au bord de l’eau nous en remarquons un qui a revêtu un costume qui, s’il est original, n’augure rien de bon pour son avenir immédiat ! Son plastron est entièrement écarlate, et une patte ne semble pas… dans le bon sens ! Un léopard a dû passer par là …
Nous commençons à écouter ou plutôt à recevoir la météo, la date du retour se rapprochant dangereusement… Mauvaise nouvelle ; des vents à 50-60 nœuds prévus pour le 2 novembre au soir et, désirant éviter de les subir trop près de la Georgie et surtout au milieu des icebergs rencontrés à l’aller, notre Capitaine décide de quitter la Géorgie le 30 !! Ce qui est bien tôt, mais… bien sage !
30/10 départ pour Rosita Bay, près de la sortie de la baie des îles, où nous irons faire une dernière balade à raquettes sur une petite crête donnant sur la baie d’un côté et sur le large de l’autre ! Encore du grand spectacle !! Sous le soleil comme il se doit. Dernière douche ( ?) et appareillage le lendemain matin à 5 heures.
Retour très surprenant, puisque d’une part, la tempête a miraculeusement disparu des écrans, mais aussi de l’horizon, ce qui n’est pas désagréable finalement, et d’autre part, une bonne partie de l’équipage s’est retrouvée relativement rapidement « hors service » et ce pendant une bonne partie du retour, sans raison clairement établie, à part le blues du départ ??
De très nombreux icebergs sur la route. Pendant presque 48 heures en quittant la Georgie la veille est très intense, le radar est maculé d impacts de gros icebergs et nous frôlons souvent de petits growlers, et même des gros, que l’on ne peut pas voir sur le radar. C’est pas un pays pour la navigation en solitaire... Plaisir tout de même d’être à la voile avec un bon vent qui nous fait avancer vite : dilemme entre marcher au plus vite pour sortir de la glace plus tôt ou la prudence pour minimiser le risque de collision ! Puis vent dans le nez, normal, voile et moteur au plus serré… brave moteur.
Bref retour en 5 jours !!! Plus vite qu’à l’aller !
Nous sommes donc arrivés le 5 à Stanley, au ponton, à couple de Damien 2 et de Golden Fleece les 2 bateaux de Jérôme Poncet que nous retrouvons, paradoxalement, en même temps que la civilisation qu’il ne chérit pas particulièrement… Mais ce n’est pas tous les jours que l’on papote avec un mythe vivant.
Après 2 jours pour se remettre de nos émotions nous avons déménagé pour un petit mouillage tranquille, pas trop loin de Stanley, histoire d’aller voir une colonie de Gorfou, qui avait oublie le rdv … Bon aujourd’hui, n’oublions pas tout de même un événement majeur : l’anniversaire de Bernadette ! L’heure de l’apéro se faisant pressante, je suis dans l’obligation de … vous abandonner, mais nous pensons bien à vous !!!!!

Bon, merci Bruno d’avoir terminé ce récit. Mais je vais ajouter encore quelques lignes : à la recherche des gorfous sauteurs.
J’aurais vraiment aimé que nous repassions par Hercules avant de quitter la Georgie, comme il y a deux ans, voir les gorfous et la superbe cascade, et voir si les pissenlits auraient déjà poussé… Mais Pascalou nous dit que nous avons de quoi faire au moins deux jours de voile dans le bon sens et qu’il ne faut pas rater ça. Bon, nous y allons donc. Je ne désespère pas de voir ces manchots aux Malouines où nous devrions arriver avec une confortable avance sur l’horaire de l’avion.
Comme dit Bruno, la traversée a été plutôt pénible. Il a d’ailleurs payé un lourd tribu, ainsi que Jacques et moi, et notre Titi qui ne buvait plus une fois de plus. Il a fallu assez vite remettre au moteur, nous faisions parfois la route, et d’autres fois non, ne faisant qu’un petit nombre de milles par jour. Malgré la lenteur, la terre se rapproche, petit à petit, l’équipage retrouve la forme et les petits œufs sur toast du matin trouvent de plus en plus de preneurs. Notre british ami Ken les fait naturellement à merveille, c’est presque un art !
Ce retour m’a semblé très long, bien qu’en fait il ait duré moins que l’aller.

Nous avons atteint Stanley dimanche 5 novembre à 11 heures du matin, et Ken nous a tous invités à déjeuner dehors. Orgie de tomates et de salade verte, mmmm et même pas de vaisselle à faire… Le soir, nous avons droit à un feu d’artifice quasiment sous nos pieds, une vieille fête anglaise, une histoire de roi de je ne sais quoi, ça fait drôle de crier « oh la belle bleue », alors que nous pourrions aisément être encore en train de vomir dehors…
Nous partons explorer les alentours immédiats de Stanley, nous n’avons pas le temps d’entreprendre une croisière plus longue avant l’avion du 11 novembre. Il nous faut cependant solliciter quelques autorisations : ici, la terre est privée et on ne débarque pas chez les gens sans prévenir.
Nous partons donc à la recherche des gorfous sauteurs, il parait même qu’il y a un couple de gorfous dorés, encore appelés macaronis, juste à coté. Le département de l’environnement nous a fourni une carte afin que nous évitions les champs de mines. La guerre des Malouines contre les argentins (1982) n’est pas vieille, le déminage n’a pas été fait partout, et certaines mines ont été posées tellement au bord de la cote qu’il est possible que certaines aient échappé au déminage et soient revenues à terre avec la marée. Personne ne veut prendre de risques, certains terrains sont donc interdits. Jacques et Ken prennent de l’avance, ont-ils bien lu la carte avant de partir ? Je me souviens l’avoir montrée à Ken, mais Jacques l’a-t-il vue ? Et ils se dirigent droit vers la zone dangereuse… Mais ils verront sans doute les signes rouges sur les grillages… Le reste de la troupe pique vers l’intérieur, vers un point haut caillouteux. Pascalou et Gaston en restent là car la côte semble encore loin et les manchots aussi. Bon, il est encore tôt, Bruno Yacine et moi continuons. Nous marchons, marchons, le terrain n’est pas toujours facile, beaucoup de trous remplis de végétation, des cailloux, un terrain très inégal, et quelques moutons qui fuient devant nous.
Nous atteignons la côte, une falaise. Pas de manchots en vue. Je sais que les gorfous sauteurs aiment ce genre d’endroit, mais en contre bas, nous voyons seulement l’écume autour des grandes algues, mais de gorfous, point.
Retour. Ken me raconte sa version : ils marchent, ils marchent, ils cherchent, ils cherchent, les manchots auraient t ils tous sauté ? Et de gorfous, toujours point.
Le lendemain, escale à l’île Kidney, effectivement en forme de rein. Un lion de mer austral nous accueille sur la plage. Il est énorme. L’île est toute recouverte de tussok, c’est une grande graminée, et ici, elle pousse très haut. Nous disparaissons entre les touffes, même Ken qui pourtant culmine plus haut que nous tous. Gaston disparaît immédiatement, on s’appelle, c’est rigolo. Des animaux ont creusé les passages entre les touffes d’herbe, mais lesquels ? Manchots ou autres oiseaux ? Dominique, la responsable de l’environnement qui nous a donné le feu vert pour cette visite sur cette île protégée, nous a mis en garde contre les lions de mer, ils peuvent monter sur le tussok et se tapir au dessus des passages et nous surprendre au coin du chemin… Mais il est tôt en saison et nous ne verrons que 6 femelles dans l’eau, ainsi que le gros mâle du début.
Nous marchons, nous marchons, sans presque rien voir. On se guide au soleil, on monte, et puis on redescend vers l’autre rive. On arrive sur une falaise et là !!!! Ils sont là, les tout petits, les gorfous sauteurs. Il sont encore plus petits que les papous, ils arborent des plumes jaunes très longues à la lace des sourcils, ça leur donne un air de carnaval très rigolo. Ils vont par deux, l’un est couché sur le nid où l’on aperçoit un ou deux œufs, et l’autre reste debout à coté, repoussant tout intrus qui approcherait trop près. Photo, photo, photo, et un peu plus loin, les vautours turcs à tête rouge survolent et attendent, il faut bien que tout le monde mange…
Nous avons donc fini par voir ces petites créatures. Au retour, nous profitons de l’attente de l’annexe pour nettoyer la plage, nous récoltons un sac poubelle complet de plastiques, et pourtant, ça ne semblait pas si sale.
Nous repartons le soir même, mais le vent forcit, on trouve où mouiller en sécurité, mais les balades à terre sont moins engageantes. Il y a tant de vent… Ici, le pays est couleur d’herbe sèche, des touffes jaunes d’ajoncs en fleur, ou grises de roches, mais d’arbres, point. Qu’il est étrange de voir un si grand paysage sans un seul arbre. Après le bleu et le blanc de la Géorgie, le vert d’ici repose les yeux, mais ce n’est pas un vert franc, il est plutôt asséché et brûlé par le vent. Une plage de sable blanc, un sable si fin qu’il coule comme de l’eau entre les doigts, bien différent du sable noir volcanique de Géorgie. C’est très joli aussi, et sous ce soleil direct, on aurait presque envie de se baigner dans l’eau bleue, sauf que l’eau, n’est ce pas, ce n’est pas Raïatea… Plein d’oiseaux, huîtriers pie, sternes, mouettes, goélands et canards, pluviers, cincles, troglodytes, mésanges et chardonnerets, de toutes tailles et couleurs, c’est le paradis des ornithologues et je prends beaucoup de plaisir à observer ces oiseaux et à les reconnaître dans mon nouveau livre, celui que j’ai eu à mon anniversaire… Gaston préfère agrandir une grotte, il creuse sous un surplomb en se racontant des histoires d’explorateur. Quelques chevaux fuient au loin, une maison, une barrière, un petit étang, les gens d’ici sont bien tranquilles, un peu trop peut être ?
Retour à Stanley, et pourtant, c’est hier seulement que le grand bus arrivait. Nous l’attendons de nouveau, de nouveau à couple de Golden Fleece et Damien II, nos amis vont partir, un grand vide une fois encore, mais on se reverra, et puis, il reste les images pour rêver, et les mots, et les souvenirs, et les projets. On se retrouvera avec le même plaisir, quand on a fait le pain les uns pour les autres comme on l’a fait, on ne peut plus jamais vraiment se perdre de vue.
A bientôt les amis, à la Réunion, Raïatea, Paris ou en Italie, à Ushuaia ou en Laponie, qui sait ? Mais on remet ça bientôt, promis !!!


 

 

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