En ce 22 février 2004, c’est
une chaleur bienfaisante qui nous accueille à Ushuaia à notre retour
d’Antarctique. Là-bas, il faisait froid, un froid
de glace et de neige que j’avais oublié ; je vous raconte
un peu ?
Départ le premier février pour trois semaines d’aventure.
La météo semble correcte et nous nous lançons depuis
l’île Lennox vers le Horn et au-delà. Le vent monte,
monte, monte… les quarts juste mis en place sont abandonnés
les uns après les autres, 45 nœuds, 50, 55, 60, aucune idée
du score… (Pour les non marins, 60 nœuds de vent, ça
fait 110 km/h.)
Je suis dans ma couchette, Gaston contre moi, et entre deux sommes agités
nous honorons la bassine chacun notre tour du peu d’eau que nous
avions cru pouvoir garder… Vent, mer, mer, vent, la nuit tombe et
Valhalla semble aller seul dans le noir, personne à la barre. Sauf
Roby, notre fidèle pilote automatique qui négocie chaque
vague comme un chef, Pascalou qui veille au grain avec radar et GPS, et
Denis, qui fait le tour des couchettes pour distribuer eau, dates et yaourt à boire à ceux
qui ne sont pas encore tout à fait dans le comas…
Ce qu’en dit Pascalou après coup : « Nous avons fait
des économies de nourriture dans le Drake car non
seulement l’équipage
n’a pas mangé, mais en plus, il a beaucoup rendu !!!! »
Bilan : le Drake, c’est pas pour tout le monde quand il se met dans
cet état là. Patience…
Au matin du quatrième jour (à 3 heures il fait jour) nous
entrons dans les îles Melchior, la glace se colore de rose au soleil
levant, la récompense est donc bien là, à la hauteur
de nos peines, et notre malaise se dissipe tout à fait devant un
bon café et des œufs au bacon.
Une grosse sieste et une douche plus loin, nous sortons faire un tour avec
le bateau sous le soleil, et les baleines sont là, juste pour Micheyle
et Vincent qui n’en avaient encore jamais vu. Une baleine à bosse
et son baleineau cerclent tranquillement à proximité du mouillage.
On dirait que la maman donne des leçons de plongée : elle
montre fréquemment sa queue, tandis que le baleineau sonde sans
arriver à soulever la sienne.
Port Locroy, Vernadski, Port Circoncision, Pléneau, la baie Paradis,
pour ceux qui sont déjà venus, je suis sûre que ces
mots évoquent tous des souvenirs. Nous fêtons l’anniversaire
de Gaston à Locroy, gâteau au chocolat et trois bougies sur
fond d’odeur de manchot… Vernadski, glissades en sac
poubelle sur la neige, et vodka maison chez lez ruskov, soleil, glace et icebergs,
nuages bas et horizon qui disparaît dans la mer, gros flocons descendant
doucement du ciel….. Le thermomètre a du mal à monter
au dessus de 8° mais il y a toujours une vigie sur le pont, Monique,
Paul, Patrick, chacun à son tour surveille la glace et l’horizon.
Javier, notre Espagnol, joue souvent avec Gaston et lui apprend des mots
et des phrases. Jean-Jacques le calme le soir avec des guilli-doux, Paul
lui montre ce qu’on voit dans la caméra et Monique lui apprend
des chansons. Denis m’aide en cuisine et ouvre les bouteilles, Micheyle
et Vincent sont bien souvent de vaisselle je trouve, et Patrick coupe le
jambon.
Ce matin Monique et Jean-Jacques sur le pont, et grâce à leur
vigilance, nous repérons un gros troupeau de petits rorquals
de Mincke. Vous voyez la baleine bleue ? eh bien, c’est la même
chose en 10 mètres eu lieu de 30. Vite ! Mettez les cirés
! Il pleut un peu mais tout le monde est sur le pont à regarder
ces grosses bêtes batifoler devant nous. Elles sont vraiment nombreuses
!!! Et l’après-midi, rebelote !!! Vraiment, pas moyen de faire
la sieste tranquille !!! Encore des baleines !!! Cette fois, ce sont des
baleines à bosse, plusieurs couples à ce qu’il semble.
Nous ralentissons et l’un des couples s’attache à nous.
Les deux baleines s’approchent à nous frôler, à nous
toucher. L’une d’elles semble faire des avances à Valhalla,
elle se frotte à la quille, surgit à l’étrave
et fait un gracieux mouvement de tout le dos et de la queue comme pour
nous faire stopper, que de grâce dans un corps si grand pourtant.
Plusieurs fois nous sommes arrosés de l’eau de ses poumons
!!! Gaston n’en revient pas et rigole de la bonne farce. L’autre
animal a un souffle plus rauque, est-il enrhumé ? Il reste un peu
plus loin, il attend que sa belle se soit rendu compte toute seule que
Valhalla n’est pas quelqu’un pour elle… Plusieurs fois
ils partent et ils reviennent, montrant leur tête, leur dos, leur
ventre, leur queue, comme s’ils savaient que nous repartons déjà et
que nous garderons en mémoire le souvenir du merveilleux
spectacle qu’ils nous offrent.
A terre, nous avons marché parmi les manchots, papou et Adélie,
pouah !!! quelle odeur !!! Mais qu’ils sont mignons pourtant… Et
sous le soleil, c’est encore mieux. On lève les yeux, les
montagnes sont là, à deux pas, toutes proches, l’air
est pur, limpide, on est seuls au monde.
De phoques, cette année, nous en voyons peu, mais certains des équipiers
s’en souviennent encore : depuis le pont de Valhalla, qu’il
est drôle de voir un phoque léopard se prélasser sur
la glace, mais quand on est dans l’annexe, c’est moins drôle
de voir une petite tête à grandes dents venir voir la marque
de votre pantalon… Eh oui, tous les phoques ne sont pas de gentilles
boules de poils, il faut le savoir.
Voilà, je ne vous dis rien de plus, je vous joins quelques
photos pour vous donner une idée, (avec Gaston presque partout bien sûr,
car il reste malgré tout mon sujet principal…) car c’est
bien difficile à décrire. Le retour fut bon, un Drake normal,
un peu de voile, un peu de moteur, un peu à manger, et même
du vin rouge pour les plus vaillants. Les dauphins à l’arrivée pour couronner le tout et les calafates à l’île Gable
pour assurer un prochain retour par ici de nos équipiers. (La calafate
est un petit fruit genre myrtille dont on fait des confitures, et on dit
par ici que celui qui en mange revient un jour.) Ushuaia, le restau
chez Manu, et voilà, une petite société qui se disloque,
chacun repart avec des images plein les yeux, et le cœur grand, et
gros, on s’est bien entendu non ? Mais la vie continue….
A vous tous, anciens amis comme tout nouveaux, je fais plein de gros
bisous, Bernadette.
• Navigations au Cap Horn et dans les canaux chiliens,
une croisière
en Péninsule Antarctique,
Ushuaia – Mar del Plata.
à suivre...
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